Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:40

 

 

 

Que n’a-t-on écrit (de bêtises….) sur les Normands !……A en croire certains, leur philosophie tiendrait dans ces deux affirmations élevées au rang de devises nationales : “ P’têt’ ben qu’oui, p’têt’ ben qu’non ” et “ j’y vas-ti, j’y vas –ti pas ”…..

Ce qui tendrait à supposer que le Normand a un caractère irrésolu, hésitant, bref timoré voire pusillanime…..

Pourquoi dans ces conditions des êtres si peu conquérants… ont été justement des conquérants ?… Et je ne parle pas que de Guillaume (le Conquérant...)...

Mais laissons ces affirmations péremptoires qui font aujourd’hui partie du folklore. Car bien souvent moins on en sait, plus on en parle... « Il parle, il parle, jusqu'à ce qu'il ait enfin trouvé quelque chose à dire »... disait quelqu'un à propos d'un bavard...

Il est vrai qu'à une certaine époque, on a eu tendance à classer nos provinciaux français dans des catégories bien ciblées. Le Normand n’osait pas se prononcer, le Breton avait la tête dure, l’Auvergnat était près de ses sous… J’en passe et des meilleures. Chacun était ainsi jugé, catalogué, calibré, étiqueté...

Le Normand est quelqu’un de complexe, ce qui ne signifie pas forcément compliqué. Je veux dire par là que son caractère est formé de différents traits qui, conjugués ensemble forment un tout unique et original.

Il est d’abord réaliste, très attaché à son bien, à son droit. Il possède un sens aigu de la propriété. Faut-il l’en blâmer ?… Une devise qu’on lui attribue : “ C’est mein dret, et mé, j’y tiens ! ” (faut-il traduire ?…), n’a rien de péjoratif. Lorsqu’il est dans son droit, il ne craint personne. Rappelons-nous le cri fameux : “ haro mon prince, on m’a volé !…. ” qu’il n’hésitait pas à lancer à la face des puissants s’il s’estimait son droit bafoué. Connaissant bien les lois, surtout lorsqu’elles le concernent, il raisonne très bien. Les Normands font de bons juristes.

Mais il préfère les faits, les actes, aux belles paroles, au verbiage, dont il de méfie. Peut-on lui donner tort ? Il est réaliste, même opportuniste, ai-je dit, et sait que tout le monde ne peut pas avoir raison en même temps. Lorsque deux personnes s’opposent sur un terrain donné, il ne fait pas preuve de fanatisme en clamant haut et fort son droit, s’il n’en est pas entièrement certain. Il se dit que son adversaire peut aussi avoir raison. Cela explique ce qui est compris souvent comme de l’indécision, mais qui n’est au fond que du simple bon sens, un respect du droit d’autrui.

Il se montre réservé et n’aime pas du tout se livrer. C’est pour cela qu’il préfère dire “ p’têt’ ben qu’oui, p’têt’ ben qu’non ”, ce qui laisse les portes ouvertes à la discussion. Ce n’est pas comme on peut le penser de la rouerie, et s’il se montre finaud, c’est avant tout pour ne pas être trompé, plutôt que pour tromper les autres. Cela arrive, certes. Il y a toujours des exceptions à chaque règle…..

Sa méfiance est saine, car après tout, il faut parfois se méfier de ceux qui sont en face de vous… Tout le monde n’est pas honnête… En étant ainsi méfiant, ou prudent, il ne va pas à l’encontre du droit romain, ou même du droit civil qui demande toujours une certaine dose de prudence dans les affaires.

Cette méfiance le fait paraître parfois renfermé, peu causant. Ses affaires personnelles n’intéressent pas les autres. Si vous demandez à un fermier s’il y a eu des pommes cette année, il vous répondra rarement oui ou non. Peut-être l’entendrez-vous dire : “ Dire qu’il y a eu des pommes, il n’y a pas eu de pommes. Mais dire qu’il n’y a pas eu de pommes, il y a eu des pommes… mais c’est pas d’la pomme comme on a vu d’la pomme… ” Comprenne qui pourra…. En clair, la récolte a été raisonnablement bonne… mais sans plus… elle aurait pu être meilleure, mais….(ça y est, je m’y mets moi aussi !… D'ailleurs, on entend rarement un Normand se réjouir d'une réussite... Ne pas faire de jaloux...

Et puis, n’est-ce pas de la sagesse, que de ne pas affirmer trop péremptoirement ce dont on n’est pas entièrement sûr ?… On saura que la récolte aura été bonne lorsqu’on pourra vérifier la qualité du cidre. Montaigne ne disait rien de plus (pas pour le cidre… mais en ce qui concerne la sagesse…).

Cette sagesse lui conseille de ne pas abattre son jeu d’un seul coup, de ne pas dévoiler ses batteries. Il a le sens des affaires, même si parfois il en fait un peu trop… Personne n’est parfait !

Le Normand est très attaché à l’intérêt matériel. Dans le même temps, il a le sens des nuances. Nous l’avons vu. Il sait relativiser les choses. Il sait s’adapter aux circonstances. Ce n’est ni un révolutionnaire, ni un réactionnaire. Il a un peu du tempérament anglais, peut-être parce que la Normandie a été anglaise pendant quelques siècles.

Ces quelques traits que j’ai tracés montrent la grande libéralité du Normand. S’il respecte la liberté, l’indépendance des autres, c’est surtout parce qu’il tient à la sienne. Aimant par dessus tout la loi synonyme d’ordre, de discipline, il déteste le désordre, la tyrannie, l’anarchie. Il tient autant à l’autorité supérieure juste et équitable qu’à l’égalité de chacun.

Il a horreur d’être dépendant. C’est la raison pour laquelle on a trouvé de nombreux Normands parmi les réseaux de résistance entre 1940 et 1945.

Il est attaché aux habitudes, aux traditions. Il n’aime pas le changement : nouvelles coutumes, nouvelles figures. Peut-être est-ce une réminiscence de la méfiance dont je parlais. Toujours est-il qu’il a la réputation d’être long à donner son amitié. Mais une fois qu’il l’a donnée, il est fidèle. C’est un conservateur, un mot qui est pris dans le sens de rétrograde, donc souvent considéré comme un défaut. Mais ce conservatisme lorsqu’il englobe le sens des valeurs, la fidélité aux amitiés, devient une qualité. Il est aussi conservateur parce qu’il a quelque chose à conserver : son bien. La nature n’est-elle pas conservatrice ?

Voilà le Normand, un être complexe comme je l’ai dit, qui paraît rempli de contradictions. C’est un libéral conservateur, un réaliste qui respecte les traditions mais a le goût de l’aventure, qui aime l’ordre mais déteste la dictature d’où qu’elle vienne, qui défend l’égalité mais est fortement attaché à ses droits.

Mais, ai-je bien cerné la vraie nature du Normand ?…….Ai-je tout dit ? Certainement pas. Peut-être penserez-vous, j’ai gommé les défauts… (qui n’en a pas ?… Le Normand ne fait pas exception à la règle…). Mais n’était-ce pas plus intéressant (et valorisant) de mettre l’accent sur les éléments positifs ? A vous, chers amis lecteurs, Normands ou non, de compléter mes lacunes…

 

(Texte écrit pour l'almanach du Normand 2004)

 

A plus...

Partager cet article

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article

commentaires

Présentation

Recherche

Liens