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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 07:58

 

Voici maintenant un conte comme on en raconte en Orient...

 

 

Le lion était malade. Couché sur un lit de feuilles mortes, le roi des animaux se lamentait sur son sort. Autour de lui, tous les animaux se tenaient, tristes, accablés, défaits. Le lion, la terreur des forêts, dont les rugissements remplissaient d’effroi tous ceux qui les entendaient, le lion gisait comme le commun des mortels, anéanti par la maladie.

Qu’allaient-ils devenir sans leur roi ? Il fallait sans tarder trouver un remède qui pût le guérir. On avait sollicité plusieurs animaux pour soulager l’illustre monarque : sans succès. On se décida enfin à aller chercher le singe, jugé le plus malin, donc le plus habile. Il ne fréquentait pas souvent le lion qui l’effrayait un peu. Oui, et on pourrait même dire qu’il en avait beaucoup peur……

Il arriva devant le lion en tremblant, et pour se donner une contenance, se livra à des contorsions grotesques en disant :

- « Grand roi, je te salue. Reçois les hommages de ton humble serviteur, et de plus……

- Cela suffit ! Arrête tes singeries ! Ne vois-tu pas que je souffre ? Je te dispense de tes simagrées. Viens ici près de moi !

Peu rassuré, le singe vint s’asseoir près du lion.

- Regarde-moi. Je suis malade, je n’ai plus de forces. Dis-moi ce que je dois faire pour guérir !

Le singe réfléchit un moment, puis il déclara doctement :

- Grand roi, il te faut manger la cervelle d’un renard !

- La cervelle d’un renard ?….Que me racontes-tu là, animal stupide ! As-tu l’intention par hasard de te moquer de moi ?

- Oh ! non, grand roi ! Pas le moins du monde ! C’est un remède qui m’a été indiqué par ma grand-mère qui l’a reçu elle-même de sa mère, laquelle l’a eu de la bouche de sa mère mourante, qui l’avait entendu dire par…..

- Vas-tu monter ainsi jusqu’à la vingtième génération des singes ?

- Oh non, grand roi ! J’avais presque fini ! C’était pour t’indiquer que ce remède est efficace….sauf pour les poules !

- Pour les poules ?….Et pourquoi donc ?

- Eh bien tout simplement parce que les poules n’ont jamais pu attraper de renard !……Tandis que toi….

- Tandis que moi….Bien sûr ! Je vais demander poliment à un renard de me donner sa cervelle……Ah ! Tu ne m’aides pas beaucoup.

- Mais grand roi, il ne s’agit pas d’employer la force, mais la ruse….

- Bien sûr !….La ruse !…….Je ne comprends pas davantage. Explique-toi.

- Eh bien……

Le singe toussota légèrement et continua :

- Je vais t’amener le renard. Lorsqu’il sera près de toi, tu lui donneras un grand coup de pattes pour lui ouvrir le crâne. Tu sais, un coup de pattes comme ceux que tu donnes pour abattre une gazelle. Il ne te restera plus qu’à manger sa cervelle ! Et voilà !

- Et voilà…..Tu en as de bonnes ! Crois-tu qu’il se laissera faire ?

- Mais enfin, s’anima le singe, qui est le lion ici ?…..Ne te sens-tu pas capable d’asséner au renard un coup de patte qui le laissera raide ?

- Si bien sûr….Mais…..

- Pas de mais. Tu veux guérir ?…Oui ?….Eh bien, fais comme je te l’ai dit. Pour le moment, ne bouge pas. Je vais chercher le renard.

- Crois-tu qu’il acceptera ?……

Mais le singe était déjà sorti. Il se rendit dans la tanière du renard, qui se méfiait du lion autant que lui.

- Salut, renard ! Tu sais que le lion notre roi est très malade ?

- Et que veux-tu que cela me fasse ?….Tu sais, moi, le lion……

- Eh bien, le lion est très affaibli. Il veut faire la paix avec les animaux, et les embrasser tous avant de mourir. Je viens te chercher afin que tu ailles toi aussi lui donner le baiser de paix.

- Tu plaisantes certainement ?

- Mais non, je ne plaisante pas. Ce que je te dis est vrai. Viens avec moi. Tu sais, le lion n’en a plus pour longtemps……

Convaincu par le singe, mais néanmoins sur ses gardes, le renard le suivit. Arrivés devant la tente du lion, le singe s’effaça pour laisser entrer le renard en disant simplement :

- Grand roi, le renard vient pour ce que vous savez…..

Le renard s’avança prudemment. Le lion rassembla les forces qui lui restaient et leva sa terrible patte pour l’assommer. Mais le renard fut plus prompt. A la vue de cette énorme patte velue qui se dressait devant lui, il détala à toutes jambes en poussant de cris perçants.

- Et voilà ! fit le singe qui suivait. Tu as voulu aller trop vite ! Tu es trop impatient ! Ce n’est pas ainsi que tu pourras manger sa cervelle et guérir !

- Je n’y arriverai pas !

- Ecoute-moi bien cette fois-ci. Je vais rechercher le renard.

- Il ne voudra pas revenir !

- Mais si te dis-je ! Fais-moi confiance. Donc, laisse entrer le renard. Laisse-le s’approcher de toi, tout près. Et quand tu sens que tu ne pourras pas le manquer, frappe !

Le singe retourna voir le renard qui se terrait dans sa tanière. Il voulut à peine le laisser entrer.

- Comment ?….se fâcha le singe, le lion ton roi t’ouvre les pattes pour te serrer dans ses bras et t’embrasser, et toi tu t’en vas comme un malotru ! Vraiment, tu lui as fait de la peine…..Beaucoup de peine…..Nous craignons tous qu’il ne passe pas la nuit. Il veut se réconcilier avec tous avant de partir pour les chasses éternelles. Lui refuseras-tu ce dernier bonheur ?….Auras-tu cette cruauté ?…..

Le renard se sentit honteux et coupable.

- Je ne veux pas qu’il soit dit qu’un renard aura refusé le baiser de paix d’un mourant.

- Voilà sages paroles…..Suis-moi, nous retournons près du lion. Fasse le ciel qu’il ne soit point mort……

Le renard entra pour la seconde fois dans la tente où le lion lui ouvrit les bras….je veux dire les pattes.

- Approche-toi bien près, plus près, que je te sente bien….fit le lion d’une voix doucereuse.

Lorsque le renard fut tout près, le lion lui asséna un formidable coup de patte qui l’étendit raide. Alors il se jeta sur lui pour lui ouvrir le crâne.

- GRRRRR grogna-t-il….Je ne trouve pas de cervelle !

- Ah ?…..répondit le singe d’une voix pateline, cela ne me surprend pas. C’est le contraire qui eût été étonnant. S’il avait eu un peu de cervelle, crois-tu qu’il serait revenu une seconde fois ?……. »

 

Allez, à plus...

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Published by Gerard Nedellec
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