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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 08:39

Eh oui ! Vous ne vous attendiez pas à celle-là !... Mais alors... on nous a trompés !... Pas exactement... comme vous allez le lire... C'est plus nuancé... Cependant, rendons à César ce qui est à César... et à Linant de Bellefonds ...ce qui lui appartient !

Texte que j'ai écrit pour l'almanach du Breton... of course !...


 

 

 

On apprend partout que le fameux canal est l’œuvre de Ferdinand de Lesseps. Rendons donc au Lorientais Linant de Bellefonds ce qui lui appartient et voyons les choses par le détail….

Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefonds est né à Lorient le 23 novembre 1799, d’un père capitaine de frégate, ce qui lui permit de naviguer très tôt, notamment sur des navires commandés par son père bien sûr. Aspirant à 15 ans, il est affecté à un navire océanographique pour une campagne de relevés sur les côtes américaines un an plus tard.

En 1817, la frégate la "Cléopâtre" est chargée d’une mission scientifique dans l’est de la Méditerranée pour le compte de la division du Levant. Le jeune Linant de Bellefonds y est accepté comme élève de la Marine. Cette mission était placée sous les ordres du comte de Forbin, directeur général des musées. A ce titre, il était chargé d’étudier les monuments de l’Antiquité, principalement grecque et égyptienne. Notre jeune marin n’était pas concerné par ce travail. Mais il avait rendez-vous avec son destin.

L’expédition comportait plusieurs artistes chargés de réaliser des croquis. La photo n’existait pas encore ! L’un de ces illustrateurs étant mort dès le début de la traversée, on remarqua les dispositions du Lorientais pour le dessin. Il fut donc choisi pour le remplacer, accepté parmi les membres de la mission et put découvrir, le crayon à la main, Athènes, Constantinople, Ephèse, Jérusalem. L’expédition termina son périple en caravane de Jaffa au Caire où elle arriva en décembre 1817.

Ebloui par le charme de ce pays, il choisit d’y rester et d’en faire sa seconde patrie. Avant de rentrer en France, le comte de Forbin usa de son influence auprès du vice-roi d’Egypte, Méhémet Ali pour qu’il prenne le jeune homme comme ingénieur. Il fut ainsi chargé de dresser la carte hydraulique du delta du Nil, ce dont il s’acquitta fort bien.

Mais cette nomination ne plaisait pas à tout le monde, notamment dans l’entourage du pacha qui lui causa de nombreuses difficultés et tracasseries administratives et tatillonnes, ce qui prouve au moins que nous n’avons pas le monopole du bâton dans les roues …..

Il résista deux ans avant de démissionner. Il entreprit alors des voyages à travers le pays, en profitant pour apprendre l’arabe. Il participa à des expéditions européennes dont le but était géographique ou archéologique. Il fut ainsi le premier Européen à se rendre à Messaourat et Naga. Il poussa même jusqu’à l’ancienne capitale de l’Ethiopie Méroé, dont il ne restait que des ruines. Mais là il avait été précédé par le Nantais Cailliaud qui y était allé quelques années auparavant.

En 1827 il tente d’atteindre les sources du Nil, sans succès. La défiance pour ne pas dire l’hostilité des tribus rencontrées l’obligèrent à s’arrêter à 13° de latitude nord. Il se rendit alors en Arabie Pétrée. (il s’agit du centre du pays où règne un climat exceptionnellement chaud et sec).

Linant de Bellefonds connaissait bien l’isthme de Suez. Il avait réalisé de nombreux travaux sur l’hydrographie de la région. Dans sa tête, une idée germa, une grande idée. Une idée folle…..Il se dit qu’il serait peut-être possible de creuser un canal qui relierait la Mer Rouge à la Méditerranée. Projet insensé…Mais cette idée le taraudait. Comme il voulait s’entourer de toutes les précautions et mettre tous les atouts de son côté, il étudia soigneusement pendant une année afin d’acquérir ce qui lui manquait de connaissances scientifiques. Nous étions en 1830. Un an plus tard il reprit du service auprès de Méhémet Ali comme ingénieur en chef des travaux de la Haute Egypte.

Dès lors, il modernisa le réseau d’irrigation et dirigea la construction d’un grand barrage sur le Nil. Nommé ingénieur en chef des canaux, ponts et chaussées de toute l’Egypte, directeur des travaux publics au Ministère de l’Instruction et des travaux publics, il fut élevé au rang de bey en 1847.

Dès 1830, il avait parlé de son projet de canal interocéanique au Consul de France Mimault. Son successeur, Ferdinand de Lesseps, consul de 1833 à 1837, eut aussi connaissance du rapport rédigé par Linant de Bellefonds. Il fut très intéressé. Poursuivant sa carrière diplomatique dans d’autres capitales d’Europe, de Lesseps n’oubliait pas l’idée de canal.

En 1844, le Lorientais adresse à de Lesseps un projet détaillé avec des plans complets et des devis du futur ouvrage. Dix ans plus tard, Ferdinand de Lesseps obtenait du gouvernement égyptien l’autorisation de creuser un canal. Linant de Bellefonds ne fut évidemment pas étranger à cet accord. Il y prit une part très active. Sa position en effet était prépondérante en Egypte. Qu’aurait pu faire Ferdinand de Lesseps sans cet appui ?……Rien ! Il n’aurait même pas connu le projet.

Il ne restait plus qu’à trouver les fonds… De Lesseps créa en 1858 la Compagnie du Canal de Suez (encore en projet….). Il lança en France une grande campagne d’appel de capitaux, qui lui permit de réunir la moitié de la somme nécessaire. Les travaux commencèrent en 1859. Ils durèrent dix ans.

En 1869, le Second Empire vivait ses dernières heures. C’est l’impératrice Eugénie qui inaugura le canal attribué à Ferdinand de Lesseps en novembre 1869.

La même année, Linant de Bellefonds était nommé ministre des ponts et chaussées d’Egypte. En 1873, il était élevé à la dignité de pacha. L’histoire égyptienne se souviendra de lui sous le nom de Linant Bey. Mais il souffrit de la mauvaise image de Méhémet Ali, oppresseur de la paysannerie.

Ainsi, si Ferdinand de Lesseps a été le réalisateur du canal de Suez, Linant de Bellefonds en est bien le concepteur. Si cela n’enlève rien au mérite du premier, il faut savoir que rien n’eut été possible sans les travaux du second. Pourtant, qui connaît aujourd’hui son nom ?… Il mourut au Caire le 18 juillet 1883. Ne méritait-il pas d’être sorti de l’oubli ?…

 

(J'ai trouvé ces renseignements dans le livre "Explorateurs et grands voyageurs bretons", de Bernard Le Nail, Editions Gisserot)

 

(To be followed...)

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Published by Gerard Nedellec
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