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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 08:38

 

 

 

Chacun connaît la phrase célèbre de Flaubert : "Madame Bovary, c’est moi !" Mais ce n’est qu’une formule destinée à faire taire la critique de l’époque, une sorte de bravade bien dans le style du grand écrivain normand. Il est vrai qu’il a mis beaucoup de lui-même dans cette œuvre, son œuvre principale. Mais il a surtout été inspiré par un fait divers de l’époque : le suicide d’une femme infidèle dont le mari était l’élève de son père, le docteur Flaubert, à l’école de médecine de Rouen.

Flaubert vient d’écrire "la Tentation de saint Antoine" mais n’en est pas totalement satisfait. C’est à ce moment que son ami Louis Bouilhet lui propose d’écrire l’histoire de Delphine Delamare. Cela le tente. Mais que connaît-il des femmes, ce jeune homme de 28 ans qui ressemble déjà à un vieux Gaulois ?…

Certes, il a depuis trois ans une maîtresse, la poétesse Louise Collet, qui trompe aussi son mari. Cette banale histoire d’adultère sera-elle suffisante pour lui faire comprendre l’âme féminine ?… Mais déjà le nom de sa future héroïne s’impose à lui : Emma Bovary ! Pourquoi ? Allez savoir avec ces créateurs…

C’est dit : Emma Bovary vivra la sombre histoire de Delphine Delamare. Mais elle aura le tempérament de Louise, son charme, ses caprices, son exaltation, et pour tout dire, son caractère féminin. Cette femme idéaliste et passionnée, qu’un mari à l’esprit étriqué n’a pas su comprendre, étouffée par une société dans laquelle elle n’avait pas sa place, il va la faire revivre : ce sera Emma Bovary !

 

Delphine Couturier est née à Blainville-Crevon en 1822, dans une famille de fermiers, aisés mais sans plus. Le père Couturier a des idées de grandeur, qu’il reporte sur sa fille. C’est sûr, elle épousera quelque notable. Il lui faut donc une éducation digne d’elle. Elle passe par le couvent bien sûr ! Là, elle s’imprègne de cette littérature romantique où l’on "porte son cœur en écharpe", où "les plus désespérés sont les chants les plus beaux". Elle apprend le piano et essaie de jouer comme ce jeune virtuose polonais. Comment s’appelle-t-il donc ?… Ah oui ! Chopin !

La chose est certaine : elle ne se contentera pas d’une petite vie morne et triste. Elle est avide de vivre les élans enflammés d’une grande passion. Ce n’est pas dans la ferme paternelle qu’elle les connaîtra… Il lui faudra donc quitter au plus vite cette ambiance campagnarde et misérable.

Mais à la sortie du couvent, elle n’a que seize ans… Même actuellement c’est jeune pour envisager le mariage. Alors, en 1838 !

Pourtant, Delphine y pense. Il n’est que de constater les regards un peu trop appuyés des hommes qui la dévisagent lorsqu’elle passe dans les rues du village pour se rendre compte, si elle ne le savait pas, qu’elle ne les laisse pas indifférents. Sans être une beauté sculpturale, on peut dire que son visage régulier encadré par de longs cheveux bruns, ses yeux noisette où brillent des points d’or, sa voix chaude et envoûtante, ont tout ce qu’il faut pour subjuguer la gent masculine.

Un jour, le destin frappe à la porte. Il a pris les traits d’un jeune médecin de 27 ans, Eugène Delamare, venu soigner le père Couturier. Il n’est ni beau ni vilain garçon. Sa conversation est plus technique que romantique. Il n’est réellement qu’officier de santé car il n’a pas obtenu son doctorat en médecine. Qu’importe ! Quelques œillades appuyées ont définitivement conquis le jeune homme.

Delphine a 17 ans lorsqu’elle épouse Eugène. Le couple s’installe à Ry (Yonville-l’Abbaye dans le roman). Elle fait désormais partie des notables avec le pharmacien, le notaire, l’instituteur. Elle se fait aider par une petite bonne. Eugène accepte tout ce qu’elle demande. Ses moyens financiers sont limités, mais comment refuser à une si jeune et jolie femme ?

Mais Delphine commence à s’ennuyer. La naissance d’une fille, Alice, ne comble même pas son instinct maternel. En a-t-elle d’ailleurs ?… La vie entre son bonhomme de mari qui ne sait que lui parler des maladies qu’il rencontre chez ses patients, et les notables qui à l’usage sont d’une banalité désespérante, lui pèse. Elle n’a pas voulu garder, je devrais dire s’encombrer, de sa fille, confiée à une robuste paysanne.

Où sont ses rêves de jeunesse ? Son mari l’ennuie. A peine couché, le voilà qui ronfle… Est-ce ainsi qu’on agit avec une jeune fille passionnée ?

C’est alors que le destin se manifeste une fois de plus et met sur sa route Louis Campion (Rodolphe Boulanger dans le roman). Il est exactement tout ce qu’Eugène n’est pas, et que Delphine attend. Et puis, il sait parler aux femmes, lui !… Trop bien peut-être, et à beaucoup… Mais Delphine saura bien écarter les rivales... Elle se donne à lui avec la fougue de ses espérances déçues. Les deux amants vont filer le parfait amour jusqu’à ce que Delphine propose un jour de partir avec lui.

Ce n’est évidemment pas ce qu’il souhaitait. Il ne refuse pas mais ne vient pas au rendez-vous fixé. Exit Louis ! Delphine s’étourdit en dépenses que son mari n’ose refuser mais peine à payer.

Elle rencontre alors un clerc de notaire, Narcisse Bollet (Léon Dupuis dans le roman) dont elle devient la maîtresse. Eugène a enfin compris (à moins qu’on ne l’ait aidé à comprendre…) mais ne dit rien car il ne veut pas perdre son écervelée d’épouse. L’amour est aveugle, a-t-on dit ?…

Mais Le jeune clerc veut devenir un notaire respectable. Ce n’est pas avec une telle liaison qu’il y parviendra. Il a bien profité des charmes de la belle, cela suffit maintenant ! Il rompt brutalement, au désespoir de l’amante, délaissée pour la seconde fois.

Cette fois, c’en est trop. Son mari paraît soudain pourvu de tous les défauts de la terre. L’idée de continuer à vivre avec lui devient vite insupportable. Elle a 28 ans. Elle n’en peut plus.

Elle s’empoisonne un jour de marché à Ry. Son mari, appelé à son chevet, est impuissant devant cette situation qui dépasse ses modestes compétences. Il demande le secours du docteur Flaubert. Hélas, elle refuse de dire ce qu’elle a pris. Comment la sauver dans ces conditions ? Ce n’est qu’à sa fillette venue la supplier qu’elle avoue. Mais il est trop tard. Elle meurt dans des souffrances qu’on imagine.

A Ry, on jase bien sûr. On se doutait que cela se terminerait ainsi. Eugène ne peut survivre à son grand amour qu’il a su si mal garder. Il meurt un peu moins de deux ans plus tard.

Flaubert va se saisir de cette triste histoire pour écrire l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française, "Madame Bovary".

Le bovarysme pouvait commencer !

 

GN

(Texte écrit pour l'almanach du Normand)

(A  plus !)

 

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Published by Gerard Nedellec
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