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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 17:36
  • Changement de décor... si j'ose dire... Voici une histoire d'un genre différent que j'ai aussi écrite, dans le style des contes orientaux mais à ma façon... Il faut avouer qu'elle m'a été racontée par quelqu'un qui s'y connaissait en contes orientaux... Elle n'a pas encore été publiée, vous en avez donc la primeur. Et si cela vous plait... dites-le... Il y en a d'autres !

 

 

Il était une fois un petit chat qui décida d’aller parcourir le monde. L’univers étroit du carton dans lequel il avait passé ses premières semaines avec ses frères et sœurs lui parut soudain un peu étriqué. Un jour, profitant que sa mère Pomponnette s’était absentée, il escalada le bord de sa prison et se retrouva dans une pièce qui lui parut immense. Il ouvrit ses grands yeux curieux et pensa : comme c’est grand, le monde !

Il avança prudemment car il manquait encore d’équilibre. Il aperçut alors au ras du plancher un petit trou qui lui sembla bien mystérieux. Soudain, il vit émerger un museau pointu. C’était une petite souris qui avait eu comme lui des idées de liberté et avait quitté le nid maternel. Elle courait ainsi de bien grands risques ! Mais le chaton était encore trop jeune pour savoir que les chats croquent volontiers les souris. Il fut tout content de trouver une amie avec laquelle il allait pouvoir jouer. La souris s’ébroua un peu et déclara d’une voix fluette, une voix de souris :

- « Bonjour ! Je m’appelle Minnie, la petite souris ! Et toi ?….

- Miaou !…..Moi je suis…..

C’est vrai ! pensa notre chaton, on ne m’a pas encore donné de nom ! Il faut en trouver un tout de suite ! Il pensa à son père que l’on appelait Gros Matou.

- Je suis….Timatou, le petit chat !….Miaou !…..

- Et….tu habites ici ?….

- C’est ma maison !….répondit fièrement le chaton. Et toi ?….

- Nous nichons sous le plancher de la chambre, quatrième latte à partir de la gauche…..en entrant... sinon on pourrait se tromper...

- Si tu veux, nous pouvons jouer ensemble. Je suis seul, mes frères ne veulent pas jouer avec moi !…

La souricette accepta et les deux nouveaux amis passèrent un bon moment à jouer avec du linge qui séchait sur un fil et que le chaton avait adroitement fait tomber. Ils couraient par toute la pièce, s’entortillant dans les chemises, les torchons, les serviettes, ce qui les faisait ressembler à des fantômes bondissants. Cela les amusait fort. Et c’étaient des rires à n’en plus finir !…

Toute essoufflée, alors que le chaton avait du savon sur le bout du nez pour avoir regardé d’un peu trop près la lessive, Minnie ne put s’empêcher de rire.

- Comme tu es drôle !…..

Elle considéra le désordre qu’ils avaient provoqué et dit :

- Regarde un peu le bouleversement que nous avons fait tous les deux !…..

Il faut dire que le petit chat, bien plus gros que la petite souris, s’y entendait pour semer la pagaille partout où il passait, renversant des piles de linge prêt pour le repassage, et d’autre déjà repassé. La minuscule Minnie suivait comme elle pouvait, mais s’amusait bien.

Au bout de longues minutes de jeu, elle dit :

- Il faut que je rentre sinon ma maman va s’inquiéter. Si elle s’inquiète, elle pleure. Et si elle pleure, elle devient aveugle et sourde. Je ne voudrais pas que ma maman devienne aveugle et sourde !….

- Aveugle et sourde en même temps ?….fit le chaton. C’est bizarre cela !

- C’est ma maman qui me l’a dit ! Alors, c’est vrai !….Il ne faut pas que je tarde aujourd’hui. Mais je reviendrai demain et nous pourrons jouer encore.

Le lendemain, le petit chat retrouva la petite souris et joua avec elle, ainsi que tous les jours suivants. Ils étaient devenus des amis vraiment inséparables.

Une semaine plus tard, Pomponnette, la maman du chaton, qui se demandait bien où partait son espiègle de fils, le questionna :

- Où vas-tu tous les jours ?

- Je vais jouer avec Minnie la petite souris !

- Avec une petite souris ?….C’est très bien, mon fils !….Et après, bien sûr……tu la manges !

- Je la mange ? s’offusqua le chaton. Mais…C’est mon amie !

- Voyons, mon fils, fit doucement la chatte, une souris ne peut pas être l’amie d’un chat ! La souris, c’est….voyons comment dire….c’est un mets de choix pour nous les chats ! C’est un délice ! Ça fond dans la bouche !….Quand on a mangé une souris, on se sent fort !….

- Mais c’est mon amie….Et puis, on joue bien ensemble ! Je ne vais quand même pas manger ma meilleure amie !

- Ecoute mon petit. (sa voix était plus dure) Tu es un chat. Les chats mangent les souris. C’est aussi simple que cela. Je te demande de me croire, sinon je serai obligée d’en parler à ton père Gros Matou…..La prochaine fois que tu verras ton…la souris, tu l’attraperas et tu me l’amèneras ! Je te montrerai, moi, comment un chat digne de ce nom s’occupe des souris !…

Devant le pauvre Timatou effondré, Pomponnette s’éloigna dignement, la queue en l’air.

 

Dame Sourisse, la maman de la petite souris, s’était aussi inquiétée et avait demandé où elle passait ses après-midi.

- Je joue avec le petit chat !

- Avec un chat !….s’effraya-t-elle. Mais ma pauvre enfant, tu vas te faire manger !

- Mais non, voyons ! Il n’a pas l’intention de me manger. Et puis, c’est mon ami !

Qu’est-ce que sa mère allait encore imaginer ?…..Décidément les parents voient le mal partout !…..

- Ecoute bien ce que je vais te dire. Jamais on n’a vu un chat ami des souris ! Promets-moi de ne plus jouer avec lui ! Tu vas encore me soucier….Et je deviendrai aveugle…et sourde….

- Non ! Je te promets que je jouerai plus avec lui. Je ne veux pas que tu deviennes aveugle et sourde ! Et surtout pas en même temps…

 

Le lendemain, le petit chat se présenta devant le trou de la souris, le cœur gros, mais fort des recommandations de sa mère. Personne. La souris arriva au bout d’un moment, mais pointa seulement le bout de son museau pour dire :

- Je regrette, mais je ne vais plus pouvoir jouer avec toi. Ma maman me l’a défendu !

- Allez, viens encore une fois ! fit le chaton d’un air engageant. Qu’as-tu à craindre de moi, ton ami ?….Tu n’as pas confiance en moi ?

- Confiance en toi !…..Je ne sais plus. Ma maman…

- Tu écoutes trop ta maman ! Tu es une grande fille maintenant, non ?…..

La petite souris se laissa prendre à ces paroles hypocrites et s’avança hors du trou protecteur. Comme le bout de sa queue finissait de sortir, le chaton la saisit brusquement dans ses pattes et la maintint serrée contre lui.

- Excuse-moi, petite souris, mais je dois obéir à ma maman ! Tu es une souris, et nous autres chats, nous mangeons ceux de ton espèce. C’est ainsi ! C’est ma maman qui me l’a dit. Elle m’a demandé de t’attraper et de te manger. C’est la nature qui veut cela !

- Hélas oui ! répondit Minnie. Ma maman me l’a dit aussi…..C’est pourquoi je ne voulais pas sortir. Mais je ne t’en veux pas : tu es un bien chat, hypocrite, doucereux, menteur : tu obéis à leur loi. Allez, je serai mangée par mon meilleur ami. Cela me console un peu….

En entendant ces paroles, le chaton ressentit un peu de remords. Mais il se reprit bien vite en pensant à Gros Matou qui n’en éprouvait certainement jamais. C’était un vrai chat, lui ! Timatou voulait lui ressembler ! Il fallait qu’il fût fier de lui ! A cette pensée, il se redressa et serra plus fermement la souris entre ses deux pattes de devant.

- Mais si tu veux bien, poursuivit la souris d’une voix résignée, je voudrais faire ma prière avant que tu me manges. Ma maman va être très triste, elle va beaucoup pleurer, et quand elle pleure, elle devient aveugle et sourde…..Alors, je voudrais dire une petite prière pour ne pas que ma maman devienne aveugle et sourde Tu veux bien, dis ?….

- Si tu veux ! répondit le chat. En souvenir de notre amitié, je ne puis te refuser cela.

- Ce serait chic de ta part si tu disais la prière avec moi !….continua la souris d’une voix douce en le regardant de ses petits yeux humides. Tu es mon meilleur ami. Comme cela, ma maman pleurera moins, et elle ne deviendra pas aveugle….ni sourde….

- Au point où j’en suis…..fit le chaton. Va pour la prière. Commence, je te suis !

La petite souris pria le dieu des souris, lui demandant que sa maman n’ait pas trop de chagrin, qu’elle ne pleure pas trop et ne devienne pas aveugle et sourde. Le chat répétait docilement ses paroles.

A la fin de la prière, Minnie la souricette écarta ses petites pattes et dit : Amen. Le chat l’imita, ouvrit également les pattes et reprit en écho: Amen.

Dégagée de l’étreinte du chat, la petite souris en profita pour filer dans son trou. Là, derrière le rempart du mur, le cœur encore battant après toutes ces émotions, elle pointa le bout de son museau et lança au chat tout déconfit :

- Ta maman a oublié de te dire qu’il ne fallait pas faire de prière avec une souris !….. »

(à suivre...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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