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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 07:58

 


Je me promenais sur le sentier ensoleillé qui longeait la rivière. Cette journée d'automne était particulièrement belle. Je humais l'air frais aux senteurs de feuilles mortes. Quel bonheur de gambader en liberté ! Devant moi, mon compagnon de promenade semblait ne pas apprécier cette marche au soleil. Les mains derrière le dos, l'air pensif, il se retournait fréquemment pour voir si je suivais. Mais où voulait-il donc que j'aille ? Je n'allais pas m'échapper ! Qu'il profite lui aussi de ce temps merveilleux. L'hiver ne permettrait pas de telles escapades. Le sol est détrempé, l'herbe est pleine d'eau. Je préfère me promener lorsqu'il fait beau.

Soudain, j'aperçus arrivant à quelques mètres un camarade qui se promenait également. Arrivé à sa hauteur, nous fîmes connaissance avec quelques difficultés car c'était un basset artésien, tandis que je suis un lévrier afghan. Ne tenant pas compte de cette différence de taille, nous engageâmes la conversation.

- « Alors, rase-motte, fis-je finement, on rampe par cette belle journée ?

- Et toi, grande perche, répondit-il sans se démonter, tu ne crains pas de manquer d'air à une telle altitude ?

Les présentations étant ainsi faites, nous pûmes poursuivre. Je ne pus m'empêcher d'ajouter :

- En fait, c'est toi qui ne manques pas d'air ! Pour un basset, c'est plutôt bien. Alors te voilà aussi à la promenade ?

- Comme tu vois. Mais je me fatigue vite. Je n'ai plus mes jambes d'un an. J'en ai bientôt dix. Tandis que toi, avec tes grandes pattes, tu es revenu avant d'être parti !

- Évidemment, je ne te demande pas de te mesurer à la course avec moi.

- Tu peux toujours te mesurer, mais dans le sens de la longueur, parce qu'en hauteur, je suis battu !

- Mais, qu'est-ce que tu es drôle, toi ! Tu es toujours ainsi ?

- Il le faut ! La vie de basset n'est pas amusante tous les jours. Toujours se traîner au ras des pâquerettes...... Alors, j'essaie de relever un peu le débat. C'est tout ce que je peux relever. Tandis que toi.... Tu es toujours à la hauteur de la situation. Entre bassets encore, ça va ! On est à niveau.

- Tandis que moi, j’ai parfois l’impression d’être sur des échasses……Tu as de la chance que je te distingue parmi les feuilles mortes !……

- Ne charrie pas trop quand même !……Ne profite pas de ta supériorité ! Tiens ! Je parie que tu ne peux pas te glisser sous les meubles !…..

- Et que voudrais-tu que j’aille faire sous les meubles ?…..Tu as de ces idées ! …..Sous les meubles…….C’est plein de poussière ! Beurk !…….

- Oh ! Monsieur est délicat !

- Tu aimes te rouler dans la poussière ? Moi non !

- C’est parce que tu as peur de te salir ! Moi je ne crains rien ! Je me secoue ensuite, et hop ! Tandis que toi, si tu te secoues, fragile comme tu es, tu tombes en petits morceaux !……

J’allais clouer le bec…..pardon le museau à cet insolent, lorsque l'homme qui marchait devant s'arrêta, se retourna et lança d'une voix sèche :

- Poucet, viens ici !

Je retournai vers mon maître, mais je vis que mon compère en faisait autant. Je m’arrêtai, surpris.

- Tu t'appelles Poucet toi aussi ? fit le basset.

- Oui, comme toi à ce qu'il paraît !

- Tu as entendu..... Mais moi, je suis le petit poucet. C'est mignon, un petit poucet. Tandis qu'un grand poucet...... On aurait dû t'appeler Grandet !

J'étais offusqué. Grandet ! Quelle idée ! Vraiment une idée de basset. Décidément, ce chien n'était pas fréquentable. Je relevai fièrement la tête et lui tournai le dos dignement. Je l'entendis encore aboyer :

- Salut, Grandet !….Fais gaffe, Grandet !…… »

  (A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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