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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 07:52


Un texte que j'ai écrit pour l'Almanach du Normand 2004... et qui vous apprendra que Blériot n'est pas le... mais... chut ! Lisez la suite...

 

 

 

 

Donc... la première traversée de la Manche par les airs (et je n'ai pas dit "en avion"... car dans ce cas, Blériot. est bien le premier.. ) ne fut pas l’œuvre de Blériot comme vous le croyez, mais celle de Jean-Pierre Blanchard, 125 ans plus tôt… C’était donc en… (allons, cherchez un peu… Faut-il que je fasse tout ?… ) Je précise que ce fut en ballon ! Calez-vous bien dans votre fauteuil. Je vais vous raconter une belle histoire d’amour. Vraie bien sûr !…..

Nous sommes à Paris le 2 mars 1784. La foule se presse, dense, sur le terrain situé près de l’École Militaire. Qu’attendent donc tous ces gens ?…Seule au milieu d’une sorte d’arène, une immense montgolfière se balance doucement au vent. Dedans, un homme s’agite. Le premier vol en montgolfière datait d’un an seulement. Cette activité, banale de nos jours, était totalement nouvelle, et pour tout dire, extraordinaire !

- “ Qui est-ce ?... demande un bourgeois endimanché, sans doute un provincial monté à Paris.

Sa voisine, une jeune femme, Madame Armand, tient à la main une gamine impatiente, sa fille Sophie. Elle la calme d’un sourire et répond :

- C’est Jean-Pierre Blanchard….le fils d’un tournier des Andelys….Un original….Un illuminé…

- Dis, maman… est-ce qu’il va voler, le monsieur ?… C’est long !…

C’est vrai : à 7 ans, tout paraît long !… Mais voici que la montgolfière s’élève majestueusement. Dedans, l’homme agite le bras. Soudain, quelque chose bascule de la nacelle. La foule pousse un cri. Mais deux grandes ailes blanches se balancent bientôt dans le ciel bleu. Au bout d’un fil, s’agitant comme un gros insecte, un chien vient atterrir doucement au pied des spectateurs sans aucun dommage : eh oui : le premier parachutiste de l’histoire était un chien !…

La foule applaudit. En guise d’apothéose, l’homme volant lance d’une main adroite des poignées de roses qui tombent en pluie sur l’assistance conquise. L’une de ces fleurs vient se poser sur les cheveux de Sophie. Elle la saisit délicatement.

- Une fleur du monsieur qui vole… fit-elle.

Rentrée chez elle, elle la rangea dans un coffret et avoua tout simplement à sa mère surprise :

- Quand je serai grande, je me marierai avec le monsieur qui vole…

Pour le moment, le héros de l’air n’était plus considéré comme un illuminé… Il avait la faveur des gazettes. Il s’agissait de Jean-Pierre Blanchard, né aux Andelys en 1753. Mais déjà il voulait plus. Il décida de s’attaquer à la traversée de la Manche. Il existait un autre concurrent : Pilâtre de Rozier, le premier à s’élever dans les airs à bord d’une montgolfière, avec le marquis d’Arlandes, en 1783.

Blanchard construisit un navire volant, avec des rames, qu’il suspendit à un ballon. Il choisit la traversée la plus facile, d’Angleterre vers la France. C’est ainsi qu’il s’envola de Douvres le 7 janvier 1785 et atterrit à Calais. Le premier, il avait vaincu la Manche ! Pilâtre décida d’effectuer la traversée inverse, jugée plus difficile. Peu de jours après Blanchard, il s’envola de France, malgré les réticences de Montgolfier qui avait vu le danger. Ses réserves étaient fondées, puisque Pilâtre de Rozier, après avoir été le premier homme à voler, fut la première victime aérienne. La flamme du brûleur vint enflammer le ballon à hydrogène. Il périt avec Romain, l’aide qu’il avait emmené avec lui. (on a très vite en effet remplacé l’air chaud par l’hydrogène, plus performant… mais beaucoup plus dangereux !… )

Blanchard continua ses expériences. C’est ainsi que le 23 août 1786 il se trouvait à Hambourg. Son ballon décolla si l’on peut dire (bien que le mot ne fût pas encore employé dans ce sens… ) de la Sternschanze, sous les yeux d’un public ravi. Arrivé à une altitude suffisante, il lança un mouton accroché à un parachute. Comme le chien, l’animal atterrit sain et sauf (pour l’homme, il faudra attendre 1797 et le parisien Garnerin, qui se lança d’un ballon libre à une altitude de 1000 mètres).

Pendant ce temps, la petite Sophie rêvait d’imiter celui qu’elle considérait comme son idole.

- Moi aussi je volerai, et je vaincrai le ciel ! avait-elle dit un jour.

Elle s’astreignit à des études difficiles. Sa mère était morte. Elle habitait maintenant Paris, et se trouvait à la tête d’une belle fortune. Nous sommes en 1797. Elle est devenue une belle jeune fille de 19 ans. Jean-Pierre Blanchard a fait son chemin. Il n’est plus l’inconnu dont on se gaussait gentiment voici une douzaine d’années. Paris organise une grande fête en son honneur. Sophie est là, avec son oncle, ses cousins et cousines. Elle se fraye un passage à travers tous les admirateurs du savant reconnu. N’est-elle pas une de ses admiratrices, elle aussi ?… Et depuis longtemps ?

A peine émue, elle se présente devant l’aéronaute, une fleur séchée à la main. Elle ne lui chante pas "La fleur qu'un jour tu m'as jetée..." mais lui dit sismplement :

- Monsieur… La rose que vous m’avez offerte il y a quelques années !…”

Devant l’air surpris du héros de la fête, elle lui rappelle son premier envol et la pluie de fleurs sur la foule. Les fleurs ont un grand pouvoir, dit-on… Et Sophie sait être persuasive... L’austère quadragénaire, célibataire endurci, cède bientôt devant la fraîcheur juvénile et le charme de la jeune fille. 25 ans de différence !… Est-ce que cela compte lorsqu’on est en plein ciel ?… Jean-Pierre Blanchard épouse Sophie Armand. Elle avait bien dit qu’elle se marierait avec le monsieur qui vole !…

Désormais les deux époux sont associés dans les recherches sur l’aviation. L’année de son mariage, Sophie se laisse tomber en parachute. Mais le couple ne restera ensemble qu’une dizaine d’années. En 1809, Blanchard meurt, frappé d’une congestion dans son appareil. La jeune veuve décide de continuer seule les travaux.

Hélas !… Ils coûtent cher. Sa fortune a fondu. Pour pouvoir les poursuivre, elle dut accepter de se livrer à des exhibitions rétribuées. Elle montait dans des ballons pavoisés de couleurs multicolores, qui s’élevaient au milieu des feux d’artifice, pour la plus grande joie des badauds.

Malheureusement le monde de la science vit d’un mauvais œil ce qu’il considéra comme un manque de rigueur scientifique. Sophie souffrit de l’isolement et du manque d’estime que les doctes savants lui infligèrent. Cependant, elle connut encore un jour de gloire. Napoléon 1er la chargea de lancer sur les campagnes françaises des banderoles annonçant la naissance de son fils le roi de Rome (futur aiglon, futur duc de Reichstag, futur Napoléon II...).  C’était en 1811.

En 1819, lors d’une exhibition, son ballon s’enflamma au milieu des fusées qu’elle lançait pour corser le spectacle. Transformée en torche vivante, la malheureuse disparut dans le ciel qu’elle avait juré de vaincre.

Qui se rappelle aujourd’hui de Jean-Pierre Blanchard et Sophie Armand ? Ne méritaient-ils pas une petite place parmi les chevaliers du ciel ?

 

(à suivre... d'autres histoires tout aussi passionnantes...)

 


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Published by Gerard Nedellec
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