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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 07:57

 

Un texte émouvant... et instructif... paru sur l'almanach du Normand voici quelques années. Je vous recommande d'ailleurs la lecture de ces almanachs régionaux (il y en a certainement un dans votre  terroir...) Ils paraissent début novembre. Je vous en reparlerai...

 


 

 

Le maître a remarqué quelques branches mortes à la cime du grand chêne. C'est un signe de vieillissement qui, s'il n'y est pas apporté de solution, risque de se propager jusqu'au coeur de l'arbre et de le rendre improductif, inutile. C'est un chêne plus que centenaire et le maître a jugé qu'il valait mieux l'abattre pendant que son bois est encore sain, afin d'en tirer un meilleur profit. C'est une belle pièce : plus de dix mètres sans branches, quatre mètres de circonférence ce qui fait environ 1,30 m de diamètre. Un arbre sans trace de maladie d'aucune sorte, un arbre sain dont il tirera un bon prix.

L'acheteur et le vendeur sont arrivés à un accord après de longues discussions. Ils se sont topé dans la main, l'acheteur a enlevé un peu d'écorce pour dégager le bois et imprimer sa marque. Cet arbre est désormais à lui, même s'il n'est pas encore payé. C'est ainsi... pas besoin de papier ou de signature... Et « cochon qui s'en dédit ! »

Deux bûcherons sont arrivés un matin quelques jours plus tard avec tous leurs outils : une hache bien aiguisée chacun, un passe-partout bien affûté, des coins de fer, un merlin pour les enfoncer. N'oublions pas le casse-croûte pour la journée !

Nos deux hommes contemplent l'arbre d'un oeil connaisseur mais aussi avec respect. Ce n'est pas tous les jours qu'il leur est donné d'abattre un tel géant, d'une aussi bonne qualité. D'un geste presque affectueux, ils passent la main sur son écorce rugueuse comme s'ils voulaient par anticipation se faire pardonner la mauvaise action qu'ils vont commettre.

Puis l'un d'eux dégage le pied de l'arbre et s'assure qu'aucun caillou n'abîmera le tranchant de la hache. L'autre jauge l'arbre car il s'agit de bien le faire tomber à la place choisie pour ne pas qu'il s'abîme. Le tronc est parfaitement droit. A la fourche, une grosse branche s'écarte du tronc. Il faut donc s'assurer qu'il ne tombera pas dessus car elle éclaterait et risquerait d'éclater aussi le tronc.

L'homme a trouvé la direction où il veut que l'arbre tombe. Il lui faut maintenant savoir exactement où arrivera l'extrémité de l'arbre dans sa chute. Il coupe deux brindilles bien droites d'une vingtaine de centimètres de longueur chacune. Il recule un peu dans la direction choisie et place le bout de la première baguette entre les deux yeux, bien parallèle au sol. La seconde est positionnée à l'extrémité de la première et verticalement à celle-ci de façon à être parallèle à l'arbre. L'homme recule jusqu'à ce qu'il aperçoive en même temps le sommet et le pied de l'arbre aux deux bouts de la baguette verticale. Il s'arrête et marque l'endroit avec son talon. C'est là qu'arrivera l'extrémité de l'arbre lorsqu'il tombera, à quelques décimètres près.

C'est tout simplement une application des triangles semblables... mais ne demandez pas à notre homme quel principe il utilise...

Les choses sérieuses peuvent commencer. Il faut d'abord bien arrondir le pied en coupant à la hache les grosses racines qui peuvent gêner. Ensuite, afin que la scie passe-partout se manoeuvre mieux, diminuer un peu le pied sur deux côtés opposés.

C'est maintenant le moment de faire l'entaille de l'arbre dans la direction où on veut qu'il tombe. Puis les deux hommes attaquent au passe-partout sur une profondeur d'une vingtaine de centimètres, en faisant bien attention que la coupe reste bien dans la direction choisie. Pour plus de sûreté, le « chef » se rend à l'endroit marqué de son talon. Son appréciation est juste. Il revient et évide à la hache l'entaille sur une hauteur équivalente. Attention car une coupe convexe risquerait de faire dévier l'arbre dans sa chute.

 

Ils ont bien mérité un petit réconfort et un petit coup de café arrosé... Puis ils engagent la lame de la scie passe-partout à l'arrière du tronc, un peu au-dessus de la coupe faite à l'avant afin de bien déséquilibrer l'arbre lorsqu'il sera suffisamment scié.

Pour ne pas que la masse de l'arbre scié ne vienne bloquer la scie, ils enfoncent à grands coups de masse des coins dans la brèche ainsi ouverte. Peu à peu, la scie pénétre de plus en plus dans le coeur du tronc. De légers craquements leur indiquent qu'il ne reste plus qu'une faible épaisseur de bois à couper. Ils frappent à nouveau sur les coins et se mettent à scier de plus en plus vite. Soulevé par les coins, l'arbre se trouve déséquilibré. Les craquements s'amplifient et soudain, le géant commence à pencher dans la direction choisie et peu à peu, lentement comme à regret, il s'abat dans un fracas assourdissant à l'endroit exact qui avait été prévu.

Les deux bûcherons ne manifestent aucun signe. Ils ont fait leur travail, c'est tout ! Un dernier coup de passe-partout pour nettoyer la base du tronc, quelques coups de haches pour bien dégarer la souche. Une autre équipe viendra continuer le travail. Le leur est terminé...

Gérard Nédellec

 

  (à plus...)

 

 

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Published by Gerard Nedellec
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