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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 08:54

 


Quelque chose de différent maintenant... Un conte ou une légende traditionnelle du terroir normand. Paru dans l'Almanach du Normand voici quelques années...

 

 

L’automne commençait à roussir les bois situés autour de ce petit village normand. Après avoir vidé quelques pichets de cidre au cabaret, le sacristain de la paroisse se décida enfin à rentrer chez lui. Il faisait nuit noire mais notre homme connaissait la route comme sa poche.

Comme il approchait de l’église, il s’étonna d’y voir les vitraux illuminés par une lumière très vive venant de l’intérieur. Il pensa à des voleurs, s’étonnant qu’ils prissent si peu de précautions pour ne pas se faire remarquer. Prudemment, il préféra aller chercher du renfort dans le village voisin car il ne se sentait pas de taille à affronter les malandrins.

Bientôt, une bande d’hommes armés de fourches, de faux et autres instruments agricoles se dirigea en silence vers le lieu suspect, conduite par notre bedeau que cette présence rassurait. Tel un général, il disposa sa troupe : une moitié se cacha devant la porte de la sacristie afin d’en interdire la sortie. Le reste l’accompagna lentement vers la porte principale dont il avait eu soin de prendre la clé.

Il la poussa doucement, doucement, pour ne pas faire de bruit.

- « Une chance que j’aie graissé les gonds dernièrement, se dit-il in petto.

La porte s’ouvrit et notre armée improvisée allait se jeter sur les intrus, lorsqu’elle resta figée de stupeur par le spectacle qui s’offrit à elle. L’église était brillamment éclairée, mais vide. Seul, un prêtre vêtu d’ornements noirs se tenait au pied des marches de l’autel, comme s’il allait commencer sa messe.

Une messe des défunts ! Personne pourtant n’était mort ! Un murmure où la stupéfaction se mêlait à une crainte superstitieuse s’éleva des gaillards prêts à bondir et en même temps paralysés par la peur. Là-bas, au pied de l’autel, le prêtre mystérieux n’avait pas bronché. Les paysans ne savaient quelle conduite tenir, lorsque dans le silence glacial la voix de l’homme en noir résonna soudain :

- Dominus vobiscum !

L’épouvante gagna les fidèles forcés qui se regardaient avec des visages déformés par l’épouvante. Le bedeau jugea utile d’aller demander conseil à son curé, tandis qu’un second « Dominus vobiscum » retentit dans le silence, mettant en fuite les assistants.

Ils trouvèrent le curé, lui expliquèrent la chose, et nos lascars, ragaillardis, s’en retournèrent vers l’église, accompagnés du prêtre qui ne savait que penser. Ils s’agglutinèrent sous le porche afin de décider d’une tactique, lorsque la voix du célébrant se fit à nouveau entendre à l’intérieur : - Dominus vobiscum !

Pour le coup, ce fut le curé de la paroisse qui resta coi, se demandant ce que signifiait cette comédie macabre. Le bedeau commençait quant à lui à être agacé par cette invite cavalière. Dominus vobiscum !….Et quoi, se dit-il, ce prêtre de carnaval se moque de nous ! Et l’on sait bien que les Normands n’aiment pas que l’on se moque ainsi d’eux !

Il s’avança hardiment dans l’église, tandis que l’officiant répétait pour la quatrième fois d’une voix forte « Dominus vobiscum ! ».

Arrivé au milieu de la nef, pris d’une inspiration subite, il répondit d’une voix aussi ferme que possible :

- Et cum spiritu tuo !

Alors, le prêtre en noir enchaîna le plus naturellement du monde :

- Introïbo ad altare Dei…..

Ces paroles familières pour le bedeau lui firent comprendre ce que voulait l’officiant. Il monta jusqu’à l’autel et répondit la messe comme l’aurait fait un enfant de chœur, tandis que ses compagnons s’installaient dans les bancs. A la fin de l’office, lorsque le prêtre se retourna vers l’assistance pour lancer un vibrant « Ite missa est ! », c’est d’un seul chœur que la maigre assistance répondit : « Deo gratias ! »

Alors le prêtre mystérieux descendit les marches de l’autel et s’adressa à son servant improvisé d’une voix émue :

- Je te remercie mille fois mon ami, qui que tu sois !

Puis, se reprenant, il continua d’une voix plus assurée :

- Quelqu’un devait répondre et servir ma messe nocturne. C’était ma punition, ma pénitence. Cela fait quelques siècles que j’attends. Jusqu’à présent, personne n’était resté pour me rendre ce service. Tous avaient eu peur. Mais toi, brave ami, tu n’as pas tremblé !

Le sacristain commençait à sentir ses jambes flageoler…..Que feriez-vous si un revenant vous adressait ainsi la parole ?…..Comment, c’est improbable !…..Qu’est-ce que vous en savez ?…….Vous croisez peut-être des revenants sans le savoir !…….

Bref, le prêtre, poursuivit :

- Les portes du ciel me sont désormais ouvertes. Enfin !…..Sois béni, ainsi que tous tes descendants, pendant plusieurs générations !……

 

A peine avait-il prononcé ces mots qu’il disparut. L’église se retrouva soudain dans l’obscurité. Les assistants pensaient vivre un rêve éveillé. Avaient-ils vraiment vu…..ou avaient-ils cru voir ?……Personne ne savait plus !

Le sacristain rompit soudain le charme et déclara le plus naturellement du monde :

- Cela m’a donné soif ! …Pas vous ?…. »

 

A plus...

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Published by Gerard Nedellec
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commentaires

Pascal 03/12/2013 18:58

Bonsoir,

Je connaissais cette histoire de messe-fantôme en Vendée...avec des modifications. Un paysan surpris par l'orage se réfugie dans une chapelle en ruines et s'y endort.
Il est réveillé à minuit par la cloche et un curé y commence une messe qui ne peut se dérouler normalement que si le paysan participe oralement...
J'avais pensé à une messe de Noël (à minuit et non pas à une messe de défunt)
bien qu'en relisant , l'autel est drapé de noir...

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