Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 10:16

 

Je me suis absenté ... un peu... Suite de mes anecdotes extraites de mon livre "De derrière les fagots"...

 

Je passais quelques jours de vacances chez un ami de Sourdeval dans le département de la Manche. Comme j’étais un fin chasseur, et que mon fusil me suivait toujours, je décidai un beau jour de me livrer à mon sport favori. Depuis l’aube, j’arpentais les champs autour de la commune de Saint Martin de Chaulieu. Le relais du télégraphe aérien Chappe se dressant sur une butte culminant à 368 mètres, le plus haut point de la Manche, me servait de point de repère pour ne pas me perdre. Ma chasse avait été médiocre et vers cinq heures du soir je songeai à rentrer. Je me trouvais alors près du Pont d’Egrenne. Cette région est assez vallonnée. Je me dirigeais vers Les cavées. Le paysage était fantomatique en cette fin novembre et n’avait rien d’engageant. Le froid commençait à tomber avec la nuit. Une brume glacée recouvrit tout. Je ne voyais plus rien à dix pas de moi. Me serais-je perdu ?

Au détour d’un chemin, derrière un rideau d’ormes, je découvris une chaumière basse si délabrée et si lugubre que je faillis m’enfuir à toutes jambes. Elle semblait abandonnée mais je devais m’en assurer. Il me fallait demander mon chemin si je ne voulais pas passer la nuit dans cet endroit sinistre. Un chien hurla. Il y avait donc un être vivant pas loin. Rassemblant mon courage, je frappai à la porte. Une vieille femme vint ouvrir.

- « Je me suis perdu. Pouvez-vous me remettre sur le chemin de Sourdeval ?

- Il va falloir que vous attendiez le retour de ma fille Josette qui ne devrait pas tarder. Mes jambes sont trop vieilles pour vous conduire. Mais entrez donc, Monsieur.

Je m’approchai du feu qui brûlait dans l’âtre sous un chaudron noirci. Soudain, le chien poussa un nouveau hurlement qui me glaça. La vieille me regarda, les yeux remplis d’angoisse. Je commençais à me sentir mal à l’aise.

- Que se passe-t-il ici ? Y a-t-il quelqu’un de malade ? fis-je, peu rassuré.

- Non, répondit sourdement la vieille….C’est bien pire que cela…..Bien pire…..

Ces mots firent plus que m’intriguer, ils m’inquiétèrent. Dans quel endroit étais-je tombé ? Pire que la maladie….Il n’y a que la mort !....Je ne voyais pourtant aucun signe de mort dans cette masure, mais je ne pus m’empêcher de frissonner. Le silence était devenu terrifiant. La vieille, les yeux hagards, ne bougeait plus, comme pétrifiée. Soudain, rompant cette atmosphère lourde, un claquement de sabots sur le chemin pierreux se fit entendre. Peu après, une jeune fille entra. La vieille parut reprendre ses esprit et dit :

- Voilà Josette. Elle est un peu simplette, vous l’excuserez. Mais elle saura bien vous conduire sur la route de Sourdeval.

A ce moment, le chien hurla à la mort. La vieille pâlit, fut prise de tremblements incontrôlés et regarda vers le fond de la pièce avec des yeux remplis de terreur. J’étais de plus en plus inquiet. Serais-je tombé dans un coupe-gorge ? Quelqu’un allait-il me sauter dessus ? Je voulus chasser ces idées noires et lançai d’une voix agacée :

- Mais enfin, va-t-on me dire ce qui se passe ici ?

Soudain, la vieille s’écria d’une voix blanche en pointant le doigt vers le fond de la pièce :

- Regardez !....Là !.....Devant vous !....Ah ! Mon Dieu !....Il est revenu !....

J’eus beau écarquiller les yeux vers l’endroit indiqué, je ne voyais rien. Je m’avançai, prudemment quand même, et pour prouver que personne ne se cachait dans ce coin obscur, je lançai dans le vide un brusque coup de poing en disant :

- Voyez, il n’y a rien ni personne !...

Mais si !....Il y avait quelque chose….ou quelqu’un. Mon poing n’aurait dû trouver que le vide. Il fut arrêté à mi-chemin par une masse invisible mais bien réelle, qu’il heurta violemment. Au même moment, un cri jaillit de ce coin où je ne voyais personne, comme si quelqu’un avait reçu le coup en pleine poitrine. Curieusement, ce n’était pas un cri de douleur, plutôt un hurlement de joie, de délivrance, de soulagement. Un cri qui semblait venir d’un autre monde……

La terreur me prit à mon tour et je m’enfuis dans la nuit. J’errai longtemps avant de retrouver mon chemin et je me demande encore comment j’ai pu rejoindre Sourdeval. J’arrivai tout haletant et tout frissonnant chez mon hôte. Une bonne flambée dans la cheminée réchauffa mes membres glacés et remit mes esprits en place.

- Eh bien ! Cher ami !....Vous êtes tout pâle. Vous semblez sortir tout droit du monde des morts…..

- Vous ne croyez pas si bien dire….Le monde d’où je viens était plutôt inquiétant……

- Je commençais à m’inquiéter sérieusement. Il est neuf heures passées, la nuit est tombée depuis longtemps. Que vous est-il arrivé ?

- Je me le demande encore moi-même !.....Mais dites-moi….Cette petite maison d’apparence morte….située du côté de Saint Martin de Chaulieu….où vivent une vieille à moitié folle et sa fille qui ne l’est pas moins…..

- Vous n’êtes pas allé dans la maison hantée, quand même !....s’écria mon hôte.

- J’ignore où je suis allé, mais cette maison avait effectivement l’air pour le moins….bizarre….Que se passe-t-il là-bas ? Pouvez-vous me le dire ?

- Vous ne pouviez pas savoir bien sûr ! Comment aurais-je pu deviner que votre démon de la chasse vous amènerait si loin du bourg ?....C’est…enfin c’était la maison du Père Torcapel. Il est mort voici près de sept ans et revient toutes les nuits, certainement pour faire sa pénitence sur le lieu de son péché. Sa femme et sa fille vivent seules. Vous avez pu constater que sa fille est un peu simplette.

- Oui…J’ai remarqué…..Mais, qu’avait-il fait de si grave pour mériter une telle colère divine ?

- C’était un avare qui chassait sans pitié les pauvres, les miséreux, si bien qu’aucun ne se hasardait plus autour de sa maison. Un jour cependant, une mendiante décharnée couverte de haillons se présenta pour demander un peu de nourriture. Vous imaginez la réponse qu’elle reçut !....Il la rabroua méchamment. Comme elle s’obstinait, il lui donna un violent coup de poing qui l’envoya rouler sur le sol pierreux. Ah ! Monsieur……On ne s’attaque pas ainsi aux pauvres du Bon Dieu !.....

Mon ami s’était arrêté et hochait la tête d’un air songeur. Puis il se reprit et continua :

- A partir de ce jour, il lui fut impossible de prononcer les mots de ses prières. Eh oui, malgré son avarice, il priait quand même Dieu, espérant peut-être le pardon pour ses péchés…..à moins qu’il ne se rende pas compte de sa méchanceté…..Toujours est-il que les mots restaient collés dans le fond de sa gorge et ne voulaient pas sortir. Cela l’énervait, l’agaçait, et plus il s’agitait, moins il ne pouvait parler. Il était alors pris de tremblements qui inquiétaient son entourage. Peu de temps après, on le trouva mort, la face révulsée, les deux mains à la gorge, comme s’il avait voulu faire sortir les mots de force. Depuis ce temps, il revient chaque soir dans sa maison. Enfin, lui ou son fantôme……On dit que son âme, doit recevoir un coup, comme celui qu’il a donné à la pauvre mendiante. Alors seulement sa pénitence prendra fin et il pourra trouver le repos.

Il s’arrêta, la gorge sèche, avala un verre de cidre et termina :

- Il attend ainsi tous les jours depuis sept ans celui qui le délivrera et lui permettra de trouver le repos éternel. Mais il risque d’attendre encore longtemps. Sa maison est évitée comme la peste. Seules sa femme et sa fille restent, mais vous avez pu voir dans quel état elles se trouvent….Personne ne viendra, personne…..Vous donneriez, vous, un coup de poing à un mort, même si vous savez que cela le délivrera de ses tourments ?....Non bien sûr !....Personne ne frappera jamais un mort…..Personne…… »

Le silence retomba. Je me laissai tomber dans un fauteuil. Une sueur glacée coula sur mes tempes. Devant moi, le feu crépitait et les flammes jetaient dans la pièce une lueur irréelle…..

(A plus...)

Par Gerard Nedellec
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