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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 19:13

Connaissez-vous la guerre de sucession de Bretagne ? Non bien sûr ! 

Heureusement que je suis là ... et bien évidemment, j'ai essayé de faire court...

Mais... faut c'qu'il faut !

 

Cet épisode tragique sera la partie bretonne de la guerre dite de Cent ans.

Après l’assassinat d’Arthur de Bretagne par Jean sans Terre roi d’Angleterre en 1203, sa demi-sœur Alix devient duchesse de Bretagne. Afin de préserver cette province de l’influence anglaise, le roi de France Philippe Auguste la marie à un prince capétien, Pierre de Dreux dit aussi Pierre Mauclerc. C’est lui qui introduira le blason moucheté d’hermines dans les armoiries de Bretagne.

De père en fils la couronne ducale arrive à Arthur II, qui a 9 enfants de deux mariages différents. Dans ces cas-là, un remariage est souvent source d’ennuis… voire de conflits. Son fils Jean III né d’un premier mariage monte sur le trône en 1312. Sa mort en 1341 va précipiter la guerre de succession.

En effet, sans enfant, il n’a pas désigné de successeur. Comme il détestait sa belle-mère Yolande de Dreux, seconde femme de son père Arthur II, il refuse de désigner son demi-frère Jean de Montfort pour lui succéder. Profitant de cette situation, sa nièce, Jeanne de Penthièvre, petite fille d’Arthur II, réclame le duché.

Jean de Montfort invoque la loi salique qui doit s’appliquer en Bretagne (les filles sont exclues des successions). Il se proclame donc duc de Bretagne. Il s’empare de Nantes et du trésor de Jean III à Limoges. Il conclut aussi un traité avec le roi anglais Edouard III.

Le roi de France Philippe VI contre attaque en nommant son neveu Charles de Blois, qui est aussi le mari de Jeanne de Penthièvre, duc de Bretagne. Jean de Montfort est fait prisonnier. La guerre aurait pu s’arrêter là. Mais Jeanne de Flandres sa femme prend la relève de son mari emprisonné.

C’est alors ce qu’on a appelé la guerre des deux Jeanne : Jeanne de Penthièvre contre Jeanne de Flandres. Plus couramment, ce sera Blois, soutenu par les grands vassaux, le clergé et la France, contre Montfort, appuyé par la petite noblesse, une grande partie du peuple, et l’Angleterre. La France contre l’Angleterre, avec des Bretons dans les deux camps.

En 1342 les Français prennent Rennes et mettent le siège devant Hennebont où est enfermée Jeanne de Flandres et son fils. Une nuit, elle sort avec 300 hommes, met le feu au camp français et revient. Exploit qui ne rompt pas le siège mais lui donne le surnom de Jeanne la Flamme ! Les Anglais appelés en renfort libèrent la ville. Les Français lèvent le siège mais s’emparent de Vannes et d’Auray.

Le pape intervient alors et oblige les belligérants à signer la trêve de Malestroit en 1343. Jean de Montfort est libéré, mais meurt en 1345. C’est son fils qui lui succède mais, trop jeune, il est placé sous la tutelle du roi anglais, qui se méfiait de sa bouillante mère, ce qui donnera à cette guerre de succession son caractère ambigu.

Charles de Blois est fait prisonnier à son tour par les Anglais en 1347. Mais la guerre n’en continue pas moins. C’est pour la Bretagne une période sombre où, comme d’habitude, les pauvres sont les plus malheureux. S’ajoute aux malheurs du petit peuple une épidémie de peste noire qui fait de nombreuses victimes. Sombre période.

Le fait d’armes le plus connu est le célèbre Combat des Trente en 1351 (vous avez peut-être pu lire dans l’Almanach du Breton que les 30 étaient 31…..). On présente habituellement ce combat comme opposant 30 Bretons à 30 Anglais (nombre exact 31 ). La réalité est moins…tranchée….si j’ose dire, car sur les 62 combattants, on trouvait 35 Bretons, 21 Anglais, 6 divers (Allemagne et Brabant). Il y avait donc des Bretons dans les deux camps. Vous comprenez peut-être mieux le caractère ambigu dont je parlais plus haut…..Les partisans de Blois remportent la victoire. Mais le parti Montfort ne reste pas inactif et s’empare du château de Mauron l’année suivante.

A ce moment du conflit, personne ne pouvait dire qui l’emporterait. Edouard III d’Angleterre joue la prudence en entamant des négociations qui ont pour premier effet de faire libérer Charles de Blois.

Mais la défaite française de Poitiers en 1356 sonne le glas des espérances franco-bretonnes. Ragaillardi par sa victoire, Edouard III chasse toute idée de compromis. C’est alors qu’intervient Du Guesclin qui par des coups de main hardis sème la pagaille dans les rangs anglais. Il pousse jusqu’en Basse Bretagne où il prend Carhaix (vous avez pu lire dans l’Almanach 2002 “ le siège de Carhaix 1363 ”). Mais ses succès restent sans lendemain. Il faut en finir.

En 1364, la bataille d’Auray (dont vous avez pu lire la relation dans l’Almanach du Breton 2004) met un terme aux ambitions des Blois et des Penthièvre. Charles de Blois meurt. On en fera un martyr et peut-être un saint. La paix est signée au traité de Guérande en 1365. Jean de Montfort devient Jean IV.

Mais ce dernier était trop anglophile au gré des Bretons. Il laisse les Anglais débarquer à la Pointe Saint Mathieu en 1369. Maladresse….La découverte d’un traité secret entre Edouard III et lui met le duché en ébullition. Les Bretons supportent les Anglais quand ils leur sont utiles. Opportunisme ?…..Mais ils restent des étrangers. Bretagne d’abord ! Le roi de France Charles V appelé en renfort remporte des succès qui lui font croire que la Bretagne est prête à devenir française. Il décide tout simplement d’absorber cette province qui devient sa possession personnelle.

Grossière erreur ! Tout sage qu’il est, Charles V connaît mal les Bretons……Ils veulent bien l’aide de qui que ce soit, mais tiennent à garder leur indépendance ! Ils appellent les Anglais à l’aide ! Opportunisme ?…Les anciens partisans de Blois et de Montfort font cause commune (sauf Du Guesclin qui restera fidèle à Charles V, ce qui le fera considérer comme un traître à la Bretagne par certains). Jean IV qui s’était réfugié en Angleterre débarque à Saint Servan le 3 août 1379 où il est reçu triomphalement. L’unité bretonne était retrouvée. Bretagne toujours !

L’échec de Charles V pour s’approprier en force le duché de Bretagne servira certainement de leçon à François 1er qui agira avec plus de…..duplicité….pour le rattacher à la couronne de France, sous le couvert d’un traité d’autonomie. Ce sera en 1532, et nous n’en sommes pas encore là !

Le duc conclut avec le nouveau roi d’Angleterre Richard II une alliance offensive et défensive contre Charles V en mars 1380. Du Guesclin et Olivier de Clisson qui avait changé de camp furent envoyés contre les Bretons. Mais ils montrèrent peu d’empressement à combattre leurs compatriotes. Charles V mourut. Son successeur Charles VI s’empressa de traiter.

Il signa le 4 avril 1381 le second traité de Guérande qui mit fin à cette guerre de succession de Bretagne. Jean IV retrouva son château de Nantes où il en profita pour créer un nouvel ordre de chevalerie : l’Ordre de l’Hermine. Il gagna le surnom de “ Conquéreur ” La Bretagne trouvera enfin une certaine paix.

La guerre de Cent ans n’était pourtant pas terminée…..

 

(à suivre... d'autres histoires...)

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Published by Gerard Nedellec
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