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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 09:37

 

En décembre 1993, un jeu intellectuel passionna les Français. Il s'agissait des "Dicos d'Or", dictée préparée avec amour par Bernard Pivot. Cette année-là, le cadre prestigieux de l'Assemblée Nationale lui donnait ses lettres de noblesse. Maints érudits amoureux du mot juste et bien écrit s'y livraient à des joutes acharnées sur l'autel de Sa Majesté l'orthographe. Le vainqueur était celui qui avait fauté le moins souvent. Cette expérience ayant reçu le succès qu’elle méritait, fut renouvelée.

L'œil brillant du co-auteur de ce texte, maître éphémère des lieux, jouant à l'instituteur, poussant même le mimétisme jusqu’à s’affubler d’une blouse grise du plus bel effet, ravi à juste titre d'ailleurs de ses trouvailles et éprouvant visiblement une satisfaction profonde à la lecture de ses pièges savamment placés aux endroits stratégiques, me donna l'envie de m'amuser aussi. N’en avais-je pas le droit ?…. N’étais-je pas capable moi aussi de composer une dictée ?

Armé donc d'un crayon, je m'escrimai devant une feuille blanche, bretteur pacifique, prêt à clouer au pilori les contresens, barbarismes, solécismes et autres impropriétés de langage.

La rédaction du texte me prit quelques jours. Je l'intitulai "Les Dicodaures", faisant par là un léger clin d'œil à l'actualité de l'ère secondaire dont les écrans étaient alors pleins. Je tiens d’ailleurs ce texte à la disposition de ceux qui pensent que je raconte des histoires…..enfin je veux dire, que j’extravague… Je vous préviens : c’est très difficile !……

Satisfait de ma composition, je songeai à l'envoyer au Maître Bernard Pivot, Il allait certainement la trouver à son goût puisque étant en veine, j'avais utilisé le même filon que lui. Mais il me fallait la tester sur un échantillon représentatif de la société française. Je dressai rapidement une liste significative de personnes à qui je proposerai mon œuvre. Le dernier prix du livre de chevet y côtoyait un crémier de Roquefort. Le ministre des Arts et Lettres y coudoyait un pâtre du Queyras. Le président des chasseurs de palombes figurait à côté d'un armurier de Vesoul (ce n’était qu’une coïncidence…..). La liste comportait ainsi quarante-trois noms, tous aussi disparates que caractéristiques. Elle avait fière allure !

Mais comment pourrais-je réunir tous ces gens de ma propre initiative ? Quelle réaction auraient-ils en recevant cette lettre :

" Monsieur,

Je vous ai choisi pour servir de cobaye dans le cadre d'une expérience que j'entends mener à bien. Il vous suffira, après m'avoir rejoint, d'écrire ce que je vous dicterai, et je noterai le nombre de fautes que vous aurez faites……"

Le procédé me sembla un peu cavalier. Ces gens allaient penser que j’étais fou ! Il me fallait pourtant observer l'impact de mon texte sur quelqu'un. Une idée lumineuse germa alors dans mon esprit. Qui, mieux que moi, pouvait juger de la difficulté de ma dictée ? Je vous le demande ? N’étais-je pas le cow-boy…..je veux dire le cobaye idéal ?

Je décidai donc de me dicter le texte à moi-même.

Je m'installai à une table, tenant le feuillet dactylographié de la main gauche. Je le lisais lentement, en prenant bien soin d'articuler correctement les mots, et j'écrivais de la main droite, puisque la suis droitier. J'eusse fait le contraire si j'avais été gaucher.

Après avoir dicté lentement le texte et relu une fois à haute voix, je posai le feuillet et entrepris de partir à la recherche des fautes cachées.

Au bout de trois minutes, je me rendis ma copie et engageai la correction. Je n'eus pas besoin de consulter l'original. Pensez donc ! Je le connaissais suffisamment !

Là, vous n’allez pas me croire. Mais je vous assure que c’est vrai : je ne fis aucune faute !.….Vous avez bien lu : zéro faute !….Je me félicitai chaudement. Je me savais bon en orthographe, mais quand même !……

Combien en auriez-vous fait à ma place ? Ne répondez pas sans réfléchir. Mais attention ! Dans les mêmes conditions de sérieux que moi, sinon l'expérience n'aurait aucune valeur.

Je pensais néanmoins qu'une autre personne devait se confronter au texte pour la crédibilité de l'expérience. J'invitai donc mon médecin à venir prendre l'apéritif un soir, et sans en avoir l'air, je lui proposai la dictée d'un texte qui me semblait intéressant. Ne se doutant de rien, Il sortit son carnet d'ordonnances et écrivit sous ma dictée, en me jetant de temps en temps des regards incrédules. Lorsque je lui eus donné le nom de l'auteur, mon médecin traitant me traita ... de maniaque de la langue. Pour un médecin, c'était un assez bon diagnostic.

Quand il fut parti, j'entrepris de corriger sa dictée, mais je fus incapable d'en lire trois lignes à la suite, tant son écriture était illisible au profane que je suis.

Je portai ce texte au pharmacien afin qu'il la décrypte et que je puisse effectuer la correction. Chacun sait que les pharmaciens sont des spécialistes du déchiffrage des hiéroglyphes médicales.

- Je repasserai demain, dis-je en sortant.

Le lendemain, je me rendis à l'officine, curieux de pouvoir lire le texte en clair. Le pharmacien me remit un grand sac rempli de médicaments en me déclarant :

- Prenez toujours cela. Je n'ai pas pu tout comprendre dans l'ordonnance que vous m'avez remise hier, mais vous pourrez déjà commencer le traitement. »

Je n'ai toujours pas commencé le traitement, et je crois que Bernard Pivot attendra encore un peu que je me soigne pour faire la connaissance des dicodaures, car je ne me sens pas très bien ........

 

(A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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