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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 08:37

 

 

 

L’abbé Le Caronnel était curé de Champs sur Orne depuis un certain nombre d’années. Il avait 45 ans et bouillait d’impatience de devoir rester dans ce petit village où tout avancement semblait compromis. Monseigneur l’avait certainement oublié ! Il se sentait pourtant prêt à coiffer la barrette d’archiprêtre, ou la mosette de chanoine de la cathédrale…..Mais comme rien ne venait et qu’il ne voulait pas que son ministère en pâtît, il s’occupait de ses ouailles du mieux qu’il pouvait.

Lorsqu’il était arrivé dans cette petite commune ornaise, ce qui avait le plus surpris ses ouailles c’est la pipe qu’il tenait tout le temps fermement accrochée à sa bouche. C’est à peine s’il l’ouvrait (la bouche…) pour prononcer les paroles indispensables….Son premier sermon fut franc et direct. Il n’avait quand même pas sa pipe à la bouche ! Mais il dit :

- « Mes chers frères, vous aurez souvent l’occasion de me voir fumer ma pipe, et même la taper sur le talon de ma chaussure pour enlever la cendre !....

Ils étaient prévenus ! Après tout, qu’il fume sa pipe s’il le désire, du moment que son ministère n’en souffre pas. Ce qui était le cas. Un brave homme, serviable, à qui on pouvait demander conseil. Néanmoins, ses paroissiens ne comprenaient pas qu’il fume sa pipe tout en récitant son bréviaire ! Cela ne se fait pas ! Pour prier le Seigneur, point n’est besoin de pipe !....

Mais notre bon prêtre ne prêtait pas attention aux commérages.

- Le chien aboie, disait-il, la caravane passe !.....

Les gens se demandaient bien de quel chien il s’agissait, chacun soupçonnant celui du voisin……

Il recevait fréquemment la visite d’un confrère d’une paroisse voisine. Les deux ecclésiastiques passaient un bout de journée ensemble, une façon comme une autre de ne pas rester seul tout le temps. A cette époque, chaque commune était pourvue d’un prêtre, lequel n’était pas surchargé de travail…..Un jour, l’autre prêtre lui dit :

- J’ai entendu dire que tu fumais la pipe pendant que tu disais ton bréviaire.

- C’est exact ! J’ai obtenu la permission de Monseigneur.

- Comment cela peut-il se faire ? J’ai aussi demandé l’autorisation à Monseigneur, qui me l’a refusée ! Ce n’est pas juste !

- Attends un peu : que lui as-tu demandé exactement ?

- Eh bien ! Je lui ai demandé si je pouvais fumer ma pipe pendant que je disais mon bréviaire. Il a dit non, pas question !

- Je vois. Moi je lui ai demandé si je pouvais dire mon bréviaire pendant que je fumais la pipe. Il m’a dit oui, sans problème !

- Mais….c’est jouer avec les mots !....

- Que veux-tu ! Dans notre situation, c’est le seul jeu qui nous reste !....

Les deux prêtres avaient bien ri. Mais les paroissiens de Champs sur Orne trouvaient quand même qu’il exagérait un peu…..

Un bedeau secondait notre abbé fumeur de pipe pour l’entretien de l’église et la préparation la messe. C’est lui qui mettait le vin et l’eau dans les burettes et les disposait sur la crédence. Il alimentait en cierges la statue de sainte Ragnetrude, patronne de la paroisse, que l’on priait pour obtenir la guérison des écrouelles.

Autrefois, le roi de France avait le pouvoir de les guérir lorsqu’il les touchait le jour de son sacre. Mais voilà bien longtemps qu’un roi de France n’avait pas été sacré…..Le Président de la République ne possédait pas ce pouvoir……Du moins, n’avait-il pas essayé…..

L’abbé veillait à ce que ses paroissiens assistent à la messe tous les dimanches, communient au moins une fois par an pour Pâques, et se confessent régulièrement. Tous suivaient ses prescriptions dévotement. Tous ? Non, pas tous. Le bedeau ne venait jamais se confesser !…..

Oui, le bedeau, celui qui était son plus proche collaborateur, qui prenait une figure angélique et un air vertueux lorsqu’il se déplaçait autour de l’autel avec des gestes de bon apôtre, ne manquant jamais une génuflexion chaque fois qu’il passait devant le Saint Sacrement, à qui on aurait donné le Bon Dieu sans confession, le bedeau ne venait jamais se confesser !

Cela chiffonnait le brave abbé. Il avait réussi à mener jusqu’au confessionnal le père Chauffier, un mécréant notoire, qui jurait et sacrait comme un charretier, et se flattait ouvertement de bouffer un curé chaque matin pour son petit déjeuner…..

Mais là……Son propre sacristain…..L’abbé ne savait comment s’y prendre. Le bedeau avait passé l’âge de se faire gourmander comme un gamin. Il fallait agir avec doigté et profiter d’une circonstance favorable.

Un jour, le prêtre et le bedeau se trouvaient tous les deux dans l’église pour régler quelque problème matériel. L’abbé eut une idée, inspirée certainement par le Saint Esprit.

-« Dites donc, père Duchemin, j’ai réparé le petit banc sur lequel s’agenouillent les fidèles qui viennent se confesser. Je voudrais vérifier qu’il est bien solide……Vous ne voudriez pas vous y agenouiller un peu….afin que je vérifie sa solidité ?…..

L’affaire était si bien présentée que le sacristain n’y vit que du feu. En bougonnant un peu pour la forme, il s’installa dans le confessionnal à la place qu’occupent habituellement les repentis.

- Je vais m’asseoir à mon tour dans le confessionnal, fit le prêtre d’une voix faussement enjouée. Ainsi les conditions seront requises et nous pourrons mieux nous rendre compte….

Une fois assis, il s’adressa au bedeau.

- Dites-moi, père Duchemin, qui donc boit le vin de messe quand je ne suis pas là ?….

Aucune réponse.

- Dites donc, qui éteint les cierges aussitôt qu’ils sont allumés et va ensuite les revendre ?…Pour son propre compte ?….

Silence.

- Père Duchemin, je vous parle ! Qu’avez-vous à répondre à cela ?

Le bedeau sortit légèrement la tête et fit d’un air innocent :

- Vous me parliez Monsieur le curé ?....Ah mais ça c’est curieux !….Je n’entends rien de ce que vous dites ! Mais alors, rien de rien !

- Comment cela, vous n’entendez rien ?

- Je vous assure que d’ici on n’entend rien !

- Voyons cela ! Venez à ma place, je vais à la vôtre !

Lorsque les deux eurent changé de place, le bedeau dit :

- Vous m’entendez bien, Monsieur le Curé ?

- Très bien !

- Dites donc, Monsieur le curé, qui fume sa pipe pendant qu’il dit son bréviaire ?.....

Silence.

- M’entendez-vous, l’abbé ?

Au bout d’un moment, le curé sortit la tête et dit :

- Vous avez dit quelque chose ?

- Oui ! J’ai demandé….

Mais l’abbé toussa pour couvrir ses paroles et déclara :

- C’est bizarre ! Il y a certainement une mauvaise acoustique !  »

- Une mauvaise encaustique ? Mais je n’ai pas ciré le confessionnal !

- Non ! Laissez tomber ! Vous avez raison. On n’entend absolument rien d’ici !…. »

(A plus...)

 

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Published by Gerard Nedellec
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