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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 07:52

 

Un conte de Pâques... C'est de circonstance...

 

Un soleil timide brillait dans un ciel où couraient de petits nuages floconneux. Les cloches de la région carillonnaient à toute volée en ce matin de Pâques. On en voyait passer des bataillons serrés qui revenaient de Rome tout enrubannées. Je regardais distraitement leur vol assourdissant. Elles avaient quitté leurs clochers voici trois jours, dans l'affliction désespérée du Vendredi Saint, et revenaient dans la splendeur glorieuse du jour de Pâques, chantant leur allégresse de leur voix d'airain.

J'en aperçus une qui, s'étant éloignée de son groupe, vint se poser délicatement à quelques pas de moi.

- « Quelque chose qui cloche ? fis-je courtoisement en m'avançant un peu.

- Je suis tout essoufflée, répondit la voyageuse. J'ai dû voler un peu vite ……. Je n'ai pas l'habitude : c'est mon premier voyage.

- C'est pourtant vrai, rétorquai-je en posant ma la main sur sa gorge de bronze, vous êtes encore toute vibrante.

- On ne cesse pas de sonner depuis ce matin ! J'en ai le cœur tout palpitant. Mais je ne me plains pas, certaines jeunes cloches ont dû s'arrêter en route, elles avaient perdu un peu de leur battant. J'ai peur qu'elles ne soient obligées de rentrer à cloche-pied.

- N'y a-t-il pas un risque qu'elles se perdent ? questionnai-je inquiet.

- Oui, mais c'est assez rare. On perd plus facilement la boule que la cloche…..Si cela arrivait, eh bien !….Elles sonneraient la cloche !…..

Après cet assaut d’amabilités, nous nous tûmes. Je laissais la cloche souffler un peu.

- Se reposer fait du bien ! Nous autres de la cloche, n’en avons pas toujours le temps. Mais je ne dois pas traîner : il faut que je rentre avant la nuit.

- Tiens, pourquoi ?

- Parce je n’ai pas d'éclairage tout simplement. Dans l'obscurité, je pourrais heurter une cloche en chocolat que nous ramenons avec nous. Elle se casserait, ce serait dommage !

- Je ne savais pas que des cloches en chocolat vous accompagnaient !

- Vous connaissez la tradition : les enfants attendent les paquets de bonbons que les cloches leur lancent adroitement en passant. Eh bien, où voulez-vous que je mette ces friandises ? Je n’ai pas de poches ! Par contre, ces cloches sont formées de boules et d’œufs en chocolat. Quand elles survolent des lieux habités, elles en laissent tomber un peu. C’est pourquoi leur vitesse est limitée. A l’arrivée, il ne reste plus que les deux anses. Imaginez que je les heurte…..et qu’elles tombent en panne des anses…..Elles n'arriveraient pas à destination ! Qui seraient déçus ?….les enfants ! Et qui se ferait sonner les cloches ?….C’est moi !

Je la regardais pensivement. Au-dessus de nous, des grappes continuaient de passer joyeusement en carillonnant de plus belle. Ma voisine les observait attentivement en tendant son anse.

- Écoutez, me fit-elle, on entend bien celles qui ont le timbre un peu fêlé. Ce n'est guère étonnant, après ces festivités où l’on s'est tapé la cloche. Il est temps qu'elles réintègrent le clocher.

- Au fond, je vous écoute poliment, mais je n'entends qu'un seul son de cloche !

- Toutes les cloches pensent comme moi, me répondit l'effrontée.

- Je ne savais pas les cloches capables de penser !

- Non seulement elles pensent, mais elles ne sont pas sujettes aux mêmes maux que vous. Elles ont une santé de fer…..

- Dites plutôt de bronze !

- Bien sûr ! C’est une façon de parler. Nous ne craignons qu'une seule chose.

- Quoi donc ?

- Le bourdon !…….Lorsqu'une cloche a le bourdon, c’est grave……

- Oui….Mais cela ne guette que les grosses cloches !

- Pas si sûr !…..J’ai connu une petite cloche qui a été nommée dans une cathédrale. Six mois plus tard, elle avait le bourdon !

- Dans une cathédrale, c’est normal !…..Mais vous devez vous ennuyer dans votre clocher, entre deux voyages à Rome.

- Pas du tout, répondit vivement la bavarde. D'abord, on compte les heures et on les marque. A midi, c'est assez fatigant, car non seulement les douze coups sont répétés deux fois, mais ensuite il faut sonner l'angélus. Le soir, c’est la même chose, parfois aussi le matin. Et puis il y a aussi les événements joyeux de la vie, qui méritent une belle volée de cloches. N'oublions pas non plus les défunts pour qui sonne le glas.

- Je vois... Et vous êtes nombreuses dans votre clocher ?

- Cela dépend du clocher .…… Le mien est vieux de plusieurs siècles.

- Vous devez être âgée !

- Non, pas moi : j'ai été fondue au siècle dernier seulement. Je suis une jeunette ! Mais nous avons avec nous deux vieilles cloches qui ont certainement des histoires à raconter.

- Oui, je vois... Des histoires de cloches... Nous connaissons cela aussi.

- L'une surtout est alarme malgré son grand âge……. Excusez-moi, je confonds toujours ces deux mots ! Elle est alerte ! C'est d'ailleurs pour cela qu'elle sonne toujours le tocsin. Allez comprendre pourquoi.….. Elle s'appelle Pierrette Isabeau Modeste Patience Octavie Ninon. Mais tout le monde l'appelle Pimpon.

- Quelle cloche ! Mais je ne vois pas le rapport.

- Ne cherchez pas : c'est un acronyme.

Je pensais que cela faisait un peu pompier, mais je ne voulus pas chagriner une cloche si érudite.

- Eh ! Eh ! fis-je admiratif, pas si cloche que cela !

- Peut-être ! Il n'empêche qu'elle est partie à la cloche de bois voici six mois !

- Elle est vraiment impayable ! laissai-je tomber négligemment.

- Mais nous bavardons, nous bavardons, s'écria soudain la commère, et le temps passe. Il va falloir que je reparte, sinon je vais me faire sonner les cloches !

- Oui, je comprends…..Vous ramasseriez une volée !……

Elle s'enleva dans le ciel dans un bruissement cristallin, et après s'être balancée deux ou trois fois pour me saluer aimablement, prit la direction de l'est. Je la suivis des yeux un moment. Bientôt elle ne fut plus qu'un point dans le ciel vide à présent et silencieux.

Soudain, une idée folle me traversa l'esprit.

- Il faut vraiment être cloche pour discuter avec une cloche ! Mais... Si je comprends le langage des cloches, est-ce que. moi aussi .......... »

Je n'osai ajouter la suite et je rentrai bien vite dans mon clocher.

 

(A plus... )

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Published by Gerard Nedellec
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