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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 07:47

 

 

A l'occasion de fêtes religieuses ou d'événements particuliers, comme le baptême de nos amis tahitiens, j'ai évoqué la chorale. St Louis possédait une bonne chorale, composée des élèves qui avaient « de la voix »...

En effet, en début de chaque année, les frères Croizier et Rouat, responsables de la dite chorale, opéraient parmi les nouveaux arrivants une sélection rigoureuse leur permettant d'élargir leur effectif. Etre sélectionné était à la fois une distinction... et une contrainte.

Charles m'a raconté comment... il ne fut pas sélectionné... Frère Léonard Croizier, qu'il avait connu à Audierne, l'avait appelé pour un essai, Charles « à la voix »... frère Léonard à l'orgue.

-Alors Charles, chantez n'importe quoi !

N'importe quoi... Facile à dire... N'importe quoi... mais quoi ? Après moultes réflexions, Charles proposa timidement « Au clair de la lune »... Incolore, inodore... et sans saveur. Le genre de chanson qui ne risquait pas de déchaîner la foudre chez les frères... Quoique... Quand Pierrot va chez la voisine... Bref !

-Allons-y pour « Au clair de la Lune »

Charles se gratta la gorge... et se lança... vite arrêté par le frère.

-Ah ! Charles, votre voix est en train de muer... Je vous rappellerai !

Et Charles m'a avoué qu'il attend toujours...

Chose curieuse, je n'ai aucun souvenir d'une telle sélection me concernant. Pourtant, je faisais partie de la chorale de l'école St Blaise de Douarnenez d'où je venais, et j'avais prêté ma voix de soprano à des interprétations lors des messes de minuit. (voir « Un soldat de l'ombre » du même auteur).

A St Louis, rien de tout cela. Ma voix était certainement en train de muer, comme celle de Charles... et cela se voyait sans doute... C'est pourquoi je n'ai pas fait partie de la chorale... comme Charles...

 

B---la-chorale-dirigee-par-M.-Rouat-B.jpg 

La chorale dirigée par Frère Rouat


Aussi, pour en savoir un peu plus, j'ai bénéficié de l'aide d'un de mes camarades audiernais, Jean... C'est lui qui m'a révélé... non les dessous de cette organisation... mais des anecdotes amusantes... dont celles que je vais vous narrer.

J'ai parlé plus haut de contrainte. Il fallait en effet suivre assidûment toutes les répétitions, ce qui n'était pas trop difficile, car être en répétition de chorale... ou en étude... la différence n'était pas bien grande, mis à part un détail : dans le premier cas, il fallait ouvrir la bouche, et dans le second, la fermer... C'est évidemment une façon... de voir les choses.
Plus sérieusement, la principale contrainte, disons plus nettement, ce qui pouvait pour certains être un obstacle... rédhibitoire... à la participation à la chorale, consistait parfois dans la perte d'un jour de vacances. Et ça, c'était quelque chose qui passait mal...

En effet, pour la fête de Noël, il était indispensable que la chorale fût présente à la messe de minuit afin de montrer l'étendue de son répertoire. Il fallait assurer le « Primo tempore, alleviata est terra Zabulon, et terra Nephtali... » ainsi que le « Consolamini, Consolamini, populus meus »... Et bien d'autres cantiques... C'est pourquoi, lorsque les petits chanteurs quittaient le pensionnat le lendemain, c'est à dire le 25 décembre, leurs petits camarades étaient chez eux depuis la veille... et même s'ils n'avaient pas pu chanter ces cantiques vénérables, ils avaient sans doute profité du réveillon préparé par la maman... Et ça, c'était quelque chose qui passait bien...

Mais l'honneur de faire partie de la chorale compensait... partiellement peut-être... cet inconvénient... gênant... Il s'agissait d'une activité ludique... dit Jean... même si le mot avait moins de succès alors que maintenant. C'était encore l'occasion de s'enrichir sur le plan culturel car les deux maîtres de chants étaient d'une grande culture, et savaient faire profiter leurs élèves de leurs compétences.

Jean faisait partie des barytons et tous les dimanches, la chorale animait la grand-messe, ainsi que les autres fêtes religieuses, comme le baptême des Tahitiens dont j'ai parlé. Pensez donc : il y avait l'évêque !

Il existait quand même des avantages, le plus intéressant étant la participation à des concours de chants ou autres manifestations culturelles. Les choristes quittaient alors l'univers fermé du pensionnat pour d'autres horizons... vers la vie.

C'est ainsi qu'un dimanche du mois de juin (l'année n'est pas mentionnée... peu importe), la chorale prit le car pour Landerneau où était organisé un concours régional de chorales. C'était une excellente occasion de faire connaître celle de St Louis dans le monde du chant choral à plusieurs voix et de la placer parmi les meilleures. L'honneur d'avoir été choisi excitait l'appétit de tous et les frères-maîtres portaient de grands espoirs sur cette confrontation régionale, prélude à d'autres plus étendues, et pourquoi pas nationales...

Parmi le groupe des barytons, figurait Pierre, un Landernéen. Il demanda et obtint la permission d'aller déjeuner chez ses parents, accompagné de ses camarades. Le concours avait lieu à partir de 14 h 30. Il était donc indispensable qu'ils arrivassent un peu avant cette heure, afin d'assurer leur prestation dans les meilleures conditions. Soyons plus précis : il fallait être présents... et présen... tables !

 

B-quelques-chanteurs.jpg

A gauche frère Léonard-Croizier, à droite Frère Rouat. C'est ce type de chorale dont il est question dans l'anecdote de Jean, bien qu'il n'y figure pas...


La famille de Pierre était certainement ravie de recevoir son fils et ses camarades. Elle mit les petits plats dans les grands... comme on dit familièrement... en proposant un repas digne de Lucullus... accompagné de vins aussi fins les uns que les autres... On bavarda, les jeunes étant certainement intarissables sur leur vie de pension. Ils avaient là un public acquis à leur cause... Le repas s'éternisa... Les vins étaient fameux...

Finalement, vers 15 h, nos chanteurs se présentèrent au concours, qui ne les avait pas attendus pour commencer. Pire : la chorale de St Louis était en scène... mais l'absence du groupe de barytons faisait un sérieux vide dans l'interprétation... Le chef de choeur, habituellement d'un calme légendaire, leur lança un regard glacial. Nos gaillards, la tête basse, se faufilèrent le plus discrètement possible au milieu de leurs camarades, lesquels se débattaient tant bien que mal avec les motets de :

 

« Jubilate Deo, universa terra,

Psalmum dicite nomini ejus... »

 

Ils tentèrent de les reprendre au vol. C'est comme si vous essayiez de prendre un train en marche... Obligatoirement, il y a de la casse...

 

(La suite dans le livre "L'Ecole des Frères."...)

 

A plus...

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Published by Gerard Nedellec
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