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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 10:25

 

 

 

 

Il n’est point besoin actuellement de vanter les charmes de la Bretagne. Mais il y a deux siècles ?…….

Oublions "le chartier embourbé" de notre fabuliste national pour lire ces lignes que Cambry écrivait en 1799 dans son "Voyage dans le Finistère" : « J’aurai l’occasion de le démontrer : ce pays est, sans exception, le plus champêtre et le plus pittoresque de la France. » La reconnaissance du pittoresque de notre région date donc d’un peu plus de deux siècles !…….Mais que voulait-il dire par là ?

Il convient de rappeler qu’il y a un peu plus de deux siècles, les artistes avaient fait de l’Arcadie, cette région de la Grèce ancienne, le lieu privilégié de l’innocence et du bonheur. C’est devenu un pays imaginaire et idéal où vivent des bergers au cœur pur dans un paysage à la tranquille beauté.

Les peintres de cette époque ne peignaient que les paysages qui en valaient la peine, qui présentaient tous les caractères de la beauté. Il n’est que de citer les Français Claude Lorrain ou Nicolas Poussin, et le Hollandais Ruysdael pour s’en convaincre. Les paysages dignes du pinceau d’un peintre étaient alors qualifiés de pittoresques. On se référait volontiers à la culture classique et le monde rustique représenté sur la toile faisait penser à l’Arcadie, ce monde calme et serein au bonheur tranquille.

Le meilleur exemple est donné par le tableau de Poussin "Les bergers d’Arcadie", que l’on peut admirer au Louvre. On y voit quatre bergers réunis devant la tombe d’un pasteur sur laquelle est inscrit « Et in Arcadia ego » (Et moi aussi, j’ai vécu en Arcadie). Le paysage paisible qui les entoure répond bien aux canons de l’époque. On aimerait y vivre. Le bonheur est là, simple mais aussi fragile.

Actuellement, on trouve un chemin creux pittoresque. Il en fallait plus alors. Il fallait des endroits merveilleux, des ruines somptueuses, des cascades ruisselantes, des forêts féeriques, des chaos grandioses. Mais direz-vous, la Bretagne possède tout cela !…..Oui, mais voici deux siècles, de tels sites étaient loin des axes de circulation.

Pourtant, ceux qui le pouvaient, découvraient des endroits charmants. Ainsi en 1782, Desjobert arrive devant le Scorff et écrit dans ses "Notes d’un voyageur" : « Cet endroit est pittoresque, on y voit d’un côté la ville et le port de Lorient et de l’autre le château de Trisaven (…) sur le bord de la rivière. » Le pittoresque pointait déjà le bout de son nez……

L’influence de Rousseau était très grande. Son amour de la nature avait fait des émules et on était sensible au charme des sites tourmentés propices à la rêverie. Nous ne sommes pas loin du romantisme. A ce sujet, s’il faut attendre encore un demi siècle pour voir le triomphe de l’école romantique, il faut rappeler que ce mot est apparu en France en 1778. De pittoresques, les paysages devinrent romantiques.

Mais il faudra attendre que soit passée la tourmente révolutionnaire et ses suites pour que l’on s’intéresse au tourisme. Les premiers guides signalent les richesses à voir en les représentant par une lithographie (non, pas encore de photo…..).

C’est ainsi que la Bretagne prend des allures d’Arcadie, du moins aux dires de certains. Souvestre, passant par L’Hôpital-Camfrout, n’écrit-il pas dans "Le Finistère en 1836" : « ….Vous êtes en Arcadie, au milieu des ruisseaux gazouillants, des vergers ombrageant les fontaines, des bocages où retentit la trompe de sureau des pâtres. » Puis passant à Quimperlé : « Ce n’est plus la Bretagne, ce n’est plus la France, c’est l’Arcadie ; c’est une de ces vallées antiques décrites par les idylles où résonnent le murmure des eaux, le bourdonnement de l’abeille, les mugissements lointains des troupeaux. » Toujours la réminiscence d’un pittoresque classique où les pâtres et les troupeaux occupent une place privilégiée.

C’était cela qu’on remarquait en Bretagne à cette époque. De nos jours, exception faite pour des sites grandioses comme Huelgoat ou la Pointe du Raz (je ne peux les citer tous…..), on trouve de jolis coins pittoresques dans toutes les régions de France.

Mais ce qui fait le charme de la Bretagne ce sont ses bords de mer (La mer faisait peur voici deux siècles. On ne trouvait aucun pittoresque dans ses côtes déchiquetées, avec une mer souvent houleuse), ses calvaires, ses dolmens et menhirs, ses costumes colorés, ses superbes coiffes fines.

Il y a deux cents ans, la Bretagne était pittoresque parce qu’elle répondait aux canons de la beauté agreste décidés par ces Messieurs de la ville.

De l’Arcadie, on passera à l’Angleterre. Le jardin à l’anglaise deviendra à la mode au XVIIIè siècle car il réalise bien mieux (paraît-il….) la communion entre le château à la campagne qui l’entoure. Ecoutons simplement Brousmiche ("Voyages dans le Finistère en 1829, 1830, 1831") parler du domaine de Kerliver en Hanvec : « ….La terre de Kerliver est un délicieux jardin anglais…. »

Bien sûr, on aura compris qu’il ne s’agit que de domaines dans lesquels le menu peuple n’a pas sa place.

Maintenant, tous les coins et recoins de Bretagne, des plus modestes aux plus majestueux, sont mis en valeur et appréciés à leur juste valeur.

 

(A plus)

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Published by Gerard Nedellec
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