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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 08:59

 

Voulou eune aut' histouère ? La v'là !...

 

-Dites-mé donc, les queniaux, avez-vous queuque foué vu la bête Faramine ?

-Vantiers non ! Grand-père.

-Eh ben ! Moué, j'ai un cousin remué d' germain qui l'a vue, d'aussi prêt comme je sé de vous !

-Il a dû avoir grand peur !

-J' pense ben ! Y n'était pas fiar !...

-Raconte-nous, grand père...

 

C'est mon cousin Ustache … Eune foué il s'en rev' nait de la messe de ménuite. Il avait assez loin passe qu'il habitait l'Homois et qu'il allait à la messe à Brissac. C' te nuit de Noël, y faisait eun fret (froid) de chien et de pu, y avait s' ment pas de clar de leune, y faisait noir comme dans l' cul d'un loup... C'é des coups à avar peur, mais l' gars Ustache, y n'avait pas fret aux yeux. La route, y la connaissait ben et y pensait qu'y avait ren à craindre.

Y s'en v' nait donc ben tranquillement par des chemins de travarse. Le v' là qu'arrive dans le bas de Colinet. Dans c' temps-là, y avait là un bois à travarser. Ben sûr, y se méfiait de ren, y avait pu de cinquante foués qui y passait à toute heure de nuite, y n'avait jamais ren vu. Y subiait (sifflait) comme si y s' trouvait su la place du marché de Brissac, et p' tête ben aussi pour s'donner un brin d' courage...

Tout d'un coup, y voit démusser (sortir) de dans l' coin du bois queuque chouse qu'était au moins grous comme la moiquiée du château de Brissac. C'était eune espèce de bête, qu'était laide, mais laide... Elle avait eune tête énorme, des pattes larges comme des battouères, deux yeux grands comme des goules de four, et elle était couverte de poils aussi raides que des fils de fer ! Sa queue en vrillons battait ses flancs avec force. Elle allongeait sa mouase goule en grichant des dents...

 

-Mais... grand-père... tu nous as dit qu'il faisait noir comme dans le...

-Oui, c'est vrai... Mais c' te bête-là, elle ' tait comme éclairée de l'intérieur ! Si ben que l'Ustache, il la voyait comme en plein jour... Mais si vous m'arrêtez tout le temps, je ne finirai jamais mon histoire... Je continue...

 

De pu, alle retroussait ses babines et on voyait ben ses crocs luisants... A sentait la quérée (charogne), alle empulantait (puait) ! Ren qu'à yi songer, y a you terbelir (mourir) de peur ! Le cousin Ustache n'avait point fret aux yeux dans ce temps-là, c'est sûr ! Mais je parierais ben tout et le reste qu'y n'en menait point large ! Et on peut le comprendre. Pensez donc, li tout seul, là, dans le mitan du chemin, ren dans les mains que son parapiée (parapluie), devant ce grous animal-là, qu'avait point l'air c' mode, avec son grand papot (tête de certains animaux) dégoulinant de bave...

Il a ben pensé tout de suite que c'était la bête Faramine. Il en avait entendu parler bien des foués, et elle était ben comme ça, mastoc, eune vraie pulantie (puanteur).

L'Ustache il ' tait ben en peine de savoir que faire. La situation était ben ennuyeuse... S'en sauver ? Il y avait ben pensé, mais la bête l'aurait écrabouillé du premier coup de patte, comme eune pouère chope (blette).

Appeler au secours ? Qui donc l'aurait entendu, en pieine nuite, là you qu'on n' voit ni maison, ni qui ni qué... Il ' tait ben seul en pieine forêt, seul avec la bête Faramine...

Il en était à estimer ses chances de se sauver, et y commençait déjà à penser aux prières qu'on faisait dans ces cas-là, quand tout d'un coup y yi vint eune idée qu'était pas démouchetée des hannetons ! Il avait avec li sa tabatière qu'était pleine de tabate. Il la sort de sa poche, il l'ouvre, et y yi fout tout de travers par la goule !

Ça l'a fait éternuer comme c'est pas permis, et pendant qu'il se grattait le guérouin, il n'a pas hésité : il a pris ses jambes à son cou et y s'est encouru tant qu'il a pu, si ben qu'il a battu son record de vitesse à coup sûr ! Il est rentré chez li tout frissonnant mais heureux de s'en être tiré à si bon compte...

Voilà l'histouère de la bête Faramine...

 

-Tu crois que c'est vrai, grand-père ? Ça paraît à peine croyabe ! C'est core des balivarnes, et ton cousin l'Ustache, y d' vait avar du vent dans les voiles !

-Ma fé, j' vous le donne pour le prix qu' ça m'a coûté ! C'est li même qui me l'a raconté !

 

Alors les quéniaux, av'vous tout compris ? 

 

Allez, à plus !

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Published by Gerard Nedellec
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