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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 14:58

 

 

Il y avait une fois un homme qui s'appelait Grillon. Oui, Grillon, comme un grillon... Cela vous étonne ? Il existe pourtant des Grillon... un peu moins que des grillons certes...

Ce Grillon-là était pauvre, mais alors pauvre, comme il n'est pas permis de l'être... Il ne mangeait pas souvent à sa faim et son rêve était de faire trois bons repas... et peut-être plus... mais trois suffisaient à son bonheur... immédiat.

Il ne suffisait pas de le vouloir... il fallait passer à la concrétisation... si je puis dire... Mais comment ? Après avoir passé en revue toutes les idées qui pourraient l'aider à réaliser son rêve, il se dit qu'il pourrait passer pour un sorcier, un devin, proposer ses services, et ce serait bien étonnant s'il ne rencontrait pas un naïf qui accepterait de mettre ses talents à contribution... Dans sa tête il imagina un plan qui devait lui donner satisfaction... Il ne risquait rien d'essayer !...

Mais voilà : c'est plus facile à dire qu'à faire ! Il marcha longtemps, et un soir qu'il commençait à se décourager, il arriva devant un château où habitait une femme très riche. Il apprit qu'elle venait de perdre un diamant d'une grande valeur et se désolait de sa perte. L'occasion était trop bonne.

-Si vous le voulez, dit-il à la dame, je m'engage à retrouver votre diamant ; mais il y a une condition... Il me faut faire trois repas, un par jour, avec ce qu'il y a de meilleur, et dès que j'aurai terminé le troisième repas, je vous dirai où se trouve votre diamant !

Il s'avançait un peu... mais il comptait sur sa bonne étoile pour l'inspirer...

On lui servit donc un somptueux repas, servi par un domestique qui lui proposa les plats les plus exquis, les vins les plus fins. Il mangea et but deux longues heures sans s'arrêter, tant sa faim était grande. Puis, repu, gavé, il s'endormit sur sa chaise en disant :

-En voilà un d'attrapé !

Le lendemain, on lui offrit un autre repas, aussi plantureux que la veille, servi par un autre domestique qui s'affairait à le servir. Il mangea et but tout son soûl puis, rassasié, il s'endormit sur sa chaise en disant :

-Allons ! En voilà deux d'attrapés !

Le troisième repas ne fut pas moins succulent et copieux que les deux autres. Il était servi par un domestique différent. Il mangea et but jusqu'à plus soif et se laissant aller sur sa chaise, il dit :

-Eh bien ! Tu les as donc attrapés tous les trois !

A ce moment, les deux domestiques qui l'avaient servi les deux jours précédents entrèrent et se jetèrent à ses pieds, imités par le troisième compère :

-Seigneur sorcier, ne nous livrez pas ! Oui, c'est nous qui avons volé le diamant et vous nous avez démasqués puisque vous avez dit en nous voyant l'un après l'autre : en voilà un d'attrapé !

Grillon fut bien surpris, puisqu'il ne voulait parler des repas qu'il avait attrapés... comme il le voulait. Mais il sentit qu'il pouvait profiter de cette situation nouvelle...

-Certes oui, je savais que c'était vous qui aviez volé le diamant et je voulais voir comment vous réagiriez. J'avais bien entendu l'intention de vous dénoncer... Mais comme vous avez spontanément avoué, je vais tenir compte de votre repentir... Apportez-moi ce diamant, et en même temps, portez-moi un dindon de la basse-cour, qui soit facile à reconnaître parmi tous les autres.

Ravis de s'être tirés à si bon compte d'une situation qui aurait pu leur valoir la corde, les trois voleurs coururent chercher le diamant et un dindon. Avec sa queue en panache, faite de plumes vertes et blanches, il était reconnaissable entre tous. Il fit avaler le diamant au dindon et dit aux voleurs :

-Ramenez ce dindon avec ses congénères et dites à la dame du château qu'elle vienne me voir.

Elle arriva peu après.

-Madame, dit Grillon, n'avez-vous pas traversé la basse-cour voici trois jours ?

-Si fait !

-Eh bien, en traversant cette basse-cour, vous avez laissé tomber votre diamant et un dindon l'a avalé !

La dame ne se posa même pas la question de savoir si elle avait ce diamant avec elle en traversant la basse-cour... Elle répondit :

-Voilà qui est surprenant ! Et … ce dindon... sauriez-vous le reconnaître ?

-Rien ne m'est impossible... Évidemment que oui ! Suivez-moi, vous allez voir !

Ils se rendirent dans la basse-cour et Grillon dit :

-Amenez-moi les dindons et faites-les défiler devant moi !

Le nombre de dindons était vraiment impressionnant... Il y en avait des gros, des petits, des maigres, aux couleurs les plus variées.

-Vous allez le reconnaître parmi toux ceux-là ? Fit la dame légèrement sceptique...

-Voyons... doutez-vous de mes pouvoirs ?...

Lorsque le dindon à la queue empanachée de plumes blanches et vertes passa, Grillon prit un air de visionnaire, le frappa avec la baguette de coudrier qu'il avait crut bon de prendre pour lui donner un air plus « sorcier »... et laissa tomber ces mots :

-C'est lui ! Ouvrez-lui le ventre et vous trouverez le diamant !

On trouva bien entendu le diamant dans le dindon et la dame fut ravie de le retrouver.

-Vous êtes un grand sorcier, dit-elle. Restez au château tant que vous voudrez, mangez et buvez. Quand vous voudrez partir, je vous donnerai une bourse pleine de ducats !

Il ne fallait pas le dire deux fois et Grillon fit ainsi bombance pendant huit jours. Au bout de ce temps, le mari de la dame, qui était en voyage, rentra. La dame lui raconta ce qui s'était passé. Mais le mari était moins crédule que sa femme.

-Voilà plus de huit jours qu'il se goberge à nos frais ! Et tout cela pour avoir deviné juste... un hasard ! Moi je vais le mettre à l'épreuve. S'il est aussi grand sorcier qu'il le prétend, je le récompenserai comme tu le lui as promis. Sinon, c'est la corde !

Il avisa un grillon qui montait dans la cheminée, le cacha entre deux assiette et fit appeler le sorcier :

-Eh bien, si tu es un aussi grand sorcier que tu le prétends, dis-moi donc ce qu'il y a entre ces deux assiettes !

Cette fois, le pauvre Grillon sentit qu'il était pris à son tour... Il ne put qu'avouer sa défaite.

-Hélas ! Te voilà pris, mon pauvre Grillon !

Se méprenant sur la nature du grillon, le mari s 'écria :

-Vraiment, ma femme avait raison ! Tu es un grand sorcier. Voilà la bourse que ma femme t'avait promise !

Grillon ne demanda pas son reste et quitta le château, et pensa que le métier de sorcier était hasardeux, parfois risqué... Il avait une bourse pleine d'or qui lui permettait de bien vivre, il ne s'en priva pas!...

 

-Ce conte se retrouve dans d'autres régions, ce qui prouve que les contes sont universels et qu'ils ont été colportés d'une région à l'autre de la France par des colporteurs justement... qui transportaient leur marchandise sur leurs épaules et qui donnaient aussi des nouvelles...


 (extrait de mon livre "Champagne, les histoires extraordinaires de mon grand-père" éditions CPE)

 

Allez, à plus !...

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Published by Gerard Nedellec
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