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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 08:12

Après une pause pascale que vous avez certainement mise à profit pour vous vider les méninges, voici d'autres histoires extraites du livre qui ne sera pas édité et dont vous avez ainsi la primeur... "Histoires abracadabrantes"...

Je commence par une histoire à dormir debout (ou a veiller couché, au choix...)que vous devrez lire lentement pour en sentir toutes les subtilités...

 

 

 

 

Les treize coups de minuit venaient de retentir au clocher de l'église Ste Nitouche dans la banlieue ouest de Crépinon les Berzinette. Un homme vêtu d'un imperméable bleu mastic, le visage dissimulé derrière un éventail andalou que lui avait donné sa maman, sortit d'une marquise, et partit vers la gauche en rasant les murs d'une façon adroite. Il se retournait fréquemment pour voir s'il n'était pas suivi. N'étant guère épais, comme aurait dit Tolstoï, un écrivain russe bien connu, il se confondait avec la muraille. Il faisait nuit noire, la lune s'étant éclipsée. Une nouvelle lune la remplaçait, mais étant débutante dans le quartier, elle était partie acheter des croissants chez Jean de la lune. C'était donc l'obscurité quasi totale, dans laquelle les lumignons que le service des eaux avait fait installer sur les cheminées d'usines jetaient une lueur blafarde.

L'homme se mit à tousser, mais n'ayant pas les moyens de s'offrir une quinte de toux, il ne fut pris que d'une tierce : elle dure moins longtemps qu'une quinte mais coûte bien moins cher. Son éventail glissa de sa main et l'on put entrevoir sa face. Il avait un visage en lame de couteau, si maigre que sa barbe en faisait trois fois le tour. Ses yeux apeurés roulaient comme des boules de loto, sa mâchoire maritime (certains s'entêtent encore à l'appeler la mâchoire inférieure) était agitée de soubresauts spasmodiques et manquait de se décrocher à chaque pas. Ne voulant pas voir sa mâchoire choir, il la maintint et la toux cessa. La pluie aussi d'ailleurs, alors qu'il arrivait au carrefour. Il s'arrêta, semblant se demander quel chemin prendre. L'éventail qu'il avait replacé devant sa figure l'empêchait de voir. Cela n'avait d'ailleurs aucune importance, car comme nous l'avons dit, la nuit était opaque, bien que nous fussions à Noël.

Devant lui pourtant, les rues étaient désertes : à minuit on trouve moins de promeneurs qu'à midi. Il s'engagea dans la ruelle de droite, une voie sans issue mais il l'ignorait. Il rasait toujours le mur bordant le trottoir de droite, et avançait droit devant lui dans les ténèbres, guidé par ces pierres rassurantes. Arrivé au fond de la ruelle, là où elle s'arrête pour laisser la place à un grand grillage, il le suivit et se retrouva sur le trottoir de gauche, mais dans l'autre sens. Il revint donc au carrefour, toujours suivant le mur qui bordait aussi ce trottoir sur sa droite. Il s'arrêta soudain pour vérifier sa montre : elle s'était arrêtée. Comme il avait continué sa route, il l'avait donc perdue. Comment la retrouver dans cette noirceur ? C'était fâcheux car il avait rendez-vous avec la chance dans la matinée.

Il obliqua sur la droite et poursuivit son rasage de murs. Il glissait plus qu'il ne marchait, collé à la muraille dans la crainte d'être aperçu. Le boulevard sur lequel il avançait maintenant était très long. Il s'enfonça dans la nuit, on le perdit bientôt de vue et jamais personne n'entendit plus parler de lui ni de son éventail andalou.

(A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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