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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 08:16

 

 

Voici une autre histoire de l'auteur des « Mémoires d'un agent secret de la France libre », racontée à ma façon. Parue dans l'almanach du Breton dont je vous recommande la lecture, il vient de paraître, comme tous les autres almanachs...

 

Par une froide matinée d'hiver, un individu marchait lentement, les mains derrière le dos, l'air accablé, le front soucieux, dans un coin perdu de la banlieue parisienne. Un automobiliste qui passait au volant de sa Mercedes le reconnut, s'arrêta et lui demanda :

- « Tiens ! C'est vous, mon cher Patrice... Que faites-vous donc tout seul dans cet endroit désert ? Vous n'êtes pas à votre usine ?

L'homme releva la tête et reconnut un confrère, Maxime, PDG d'une entreprise voisine de la sienne.

-Seriez-vous en panne ? Fit Maxime.

-Non... Je viens de renvoyer mon chauffeur...

-Vous l'avez licencié ce brave Isidore ?

-Non... Je lui ai dit de rentrer à la maison...

-Quelle idée ! Une envie irrésistible de faire un petit jogging avant de vous installer à votre bureau...

-Ce n'est pas exactement cela... Tel que vous me voyez, continua Patrice, voilà quinze jours que je n'ose plus remettre les pieds à mon usine.

-Que dites-vous ?

-C'est ainsi... Tous les matins, Isidore me conduit jusqu'ici, je le renvoie et je m'en vais tout seul. Mais arrivé près de mon usine, je n'ose pas entrer, je fais demi-tour et je vais au bistrot voisin d'où j'appelle un taxi pour rentrer à la maison.

-Eh bien, mon pauvre ami, fit Maxime... Auriez-vous des problèmes avec la CGT  ?

-Pas du tout. Nos rapports sont tendus mais corrects.

-Je ne comprends pas du tout... Mais vous êtes vert de froid. Venez donc dans ma voiture pour vous réchauffer un peu.

-J'y mets une condition : que vous ne me rameniez pas à mon usine par surprise !

La chaleur de la voiture aidant, Patrice se détendit et demanda soudain à Maxime :

-Connaissez-vous ma secrétaire ?

-Attendez... Une grande et belle femme aux cheveux auburn... Alors, elle et vous...

-Pas du tout !

-Une histoire avec un gars de votre équipe ?

-Non, rien de ce genre. Micheline est d'ailleurs d'une nature réservée.

-Ah ! Elle s'appelle Micheline...

-Oui, c'est elle-même qui m'a demandé de l'appeler par son prénom. Elle venait d'une firme britannique où la chose était courante. Il y a quinze jours, en entrant dans mon bureau, elle me dit  : « Bon anniversaire, Monsieur le Président Directeur Général ! »

-C'est gentil ça ! Fit Maxime.

--Oui. D'autant plus que j'avais complètement oublié que ce 12 février j'entrais dans ma 49è année. Ma femme et les enfants sont à la neige. Je l'ai remerciée, pensant qu'elle en avait terminé, mais elle ajouta :« Monsieur le Président Directeur Général, j'ai une faveur à vous demander. » J'ai pensé qu'elle voulait une augmentation... Mais ce n'était pas cela.

Elle continua : « Je voudrais dîner avec vous. » J'ai vaguement répondu que... oui... à une prochaine occasion. Mais elle a insisté : « M. le Président, j'aimerais que ce soit ce soir, jour de votre anniversaire. » Ma soirée était libre, j'ai accepté, demandant dans quel restaurant elle voulait que je m'emmène... Maxim's ? « Non, fit-elle, je voudrais que ce soit chez moi. »

-Ah ! La fine mouche ! Fit Maxime... Et vous ne vous êtes pas méfié ?

-Pas du tout, son attitude était très déférente. J'ai noté l'adresse et à l'heure dite, je me suis présenté à sa porte, avec une gerbe de roses thé. Elle est apparue en robe du soir, d'une coupe sobre qui lui allait à la perfection. C'était effectivement une très belle femme...

-Veinard !

-Attendez la suite... Je suis entré, elle m'a remercié pour les roses. Sur la table, un magnum de champagne attendait dans un seau à glace, ainsi que du caviar, du foie gras, du poulet en gelée, sur une table basse. Après m'avoir invité à m'asseoir sur un divan, elle m'a servi un whisky on the rocks bien tassé.

-Nous y voilà...

-Pas du tout. Cependant, je commençais à me poser des questions et envisager... Ma foi, on est un homme, n'est-ce pas ? Cette femme ne s'offrait-elle pas à moi ? Et si... Elle me dit soudain : « Si vous le permettez, je vais passer dans ma chambre. Quand vous entendrez Hou Hou, vous entrerez. » Elle me laissa seul avec mes idées. C'était clair, me dis-je... Au bout d'un moment, j'ai entendu Hou Hou. J'ai poussé la porte, et...

-Moment crucial...

-Vous ne croyez pas si bien dire. Au milieu du lit, sur un plateau, trônait un superbe gâteau couvert de bougies bleues toutes allumées. En face, se tenaient les chefs du personnel, du contentieux, du marketing, le colonel de la Chapelle, chef de la sécurité, bref, tous les cadres de mon usine au grand complet. A ma vue, ils entonnèrent un joyeux « Happy birthday to you ».

-Quelle attention charmante ! Je comprends d'autant moins que vous ne vouliez plus remettre les pieds dans votre usine !

-Ah ! fit douloureusement Patrice, c'est que moi... j'étais à poil ! »

 

(Elle est bien bonne, n'est-ce pas ?... Alors, à plus... pour d'autres histoires...)


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Published by Gerard Nedellec
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