Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 08:08

La baleine de Luc sur Mer dans le Calvados est connue... comme le loup blanc. Laissez-moi vous conter son histoire. (paru dans l'almanach du Normand 2010), lecture que je vous recommande...

 

 

 

Nous sommes le 15 janvier 1885. En faisant sa tournée matinale, un douanier aperçut sur la plage, au lieu-dit « la brèche du Moulin », un énorme animal échoué. Un ruisseau, la Capricieuse, forme à cet endroit la limite entre les communes de Luc et de Langrune. La grosse bête se trouvait bien sur la commune de Langrune. Un jeune garçon passant par là et voyant l'animal fabuleux alerta les habitants de Luc en criant qu'il y avait un monstre sur la plage. Le voici d'ailleurs tel qu'il apparut aux badauds étonnés... Avouez qu'il y a de quoi être surpris !

 

 

Baleine-Luc-1885.JPG

 

La voici sous un autre angle. Les photos sont d'époque...

 

Baleine-de-Luc.JPG

 

 

 

Quelques curieux se déplacèrent pour voir le phénomène, la rumeur publique s'enfla et atteignit les communes environnantes. Les commentaires allaient bon train, alertant même les Caennais.

Une ligne de chemin de fer reliant Caen à Courseulles via Luc avait été inaugurée il y avait une dizaine d'années. Le « tortillard » comme on l'appelait déversa alors des centaines de curieux avides de voir de près un monstre marin.

Pendant ce temps, le cadavre de l'animal n'avait pas attendu pour commencer à se décomposer. L'odeur pestilentielle qui enveloppait ce coin de plage devenait insupportable. D'autre part, la tentation de rapporter chez soi un souvenir de la bête était trop forte et nombreux étaient ceux qui bravaient la pestilence pour s'approprier un trophée de l'animal. Il était donc urgent d'agir si l'on ne voulait pas le voir disparaître à jamais...

Par chance, il existait à Luc un laboratoire maritime dirigé par Yves Delage, antenne de l'université de Caen, et qui se trouvait installé villa Arcisse de Caumont, du nom du célèbre archéologue bayeusain décédé 12 ans auparavant. C'est la présence d'un scientifique sur le terrain dès le début qui permit le sauvetage... si l'on peut dire... de ce mammifère marin, du moins de son squelette. Il fallait attendre les autorisations officielles qui, en France, ont toujours été longues à obtenir, comme s'il s'agissait d'une spécificité bien française... Des scientifiques et des étudiants ont néanmoins pu étudier les chairs putréfiées, n'hésitant pas à affronter l'odeur insoutenable...

On constata que l'animal était déjà mort lorsqu'il s'est échoué. Des côtes cassées attestaient qu'un choc s'était produit, vraisemblablement contre un gros navire, et qu'un épanchement de sang dans le corps de la baleine avait provoqué sa mort.

Et voici ce qui reste après le dépeçage... Vous préférez la queue... ou la tête ?...

 

Baleine-apres-depecage.JPG


Le professeur Tramond, éminente personnalité du Muséum National d'Histoire Naturelle, était venu spécialement de Paris pour la circonstance afin d'apporter son concours précieux à ses collègues normands. Ces scientifiques établirent qu'il s'agissait d'un rorqual commun, classé au deuxième rang des plus grands animaux du monde, un mâle adulte d'une longueur de 19 mètres et d'un poids de 40 tonnes. Mais que faisait-il à cet endroit ? On pensa qu'il venait des mers boréales et se dirigeait vers les eaux tropicales pour sa migration annuelle. Blessé mortellement comme nous l'avons dit, il fut porté par les courants jusqu'à nos côtes.

La protection des cétacés n'existait pas encore à cette époque. On récupéra à des fins commerciales tout ce qui était utile sur l'animal, notamment de la graisse nécessaire à la fabrication de savon.

En revanche, le squelette fut conservé ; mais comme la commune de Luc ne possédait pas d'abri suffisamment grand pour le recevoir, on décida de l'emmener à Caen. Soigneusement répertorié sous la direction du professeur Tramond, il fut remonté et exposé dans l'église St Sauveur de Caen. Mais l'usage montra que ce lieu ne convenait pas. Le squelette fut donc transféré dans une serre du Jardin des Plantes. Cependant le vif intérêt suscité au début s'émoussa peu à peu, on oublia la baleine et il fut même question de détruire ce qui n'intéressait plus grand monde...

La municipalité de Luc s'émut de la disparition possible de ce qu'elle considérait comme « sa baleine »... Pratiquement au même moment (1937), elle venait d'acheter le parc devenu depuis « parc de la baleine ». Le squelette quitta donc Caen pour revenir à Luc où il fut soigneusement remonté et installé dans le parc près de l'hôtel de ville.

Depuis, le squelette de la baleine est devenu la mascotte des Lutins (habitants de Luc) et le symbole de la ville. On sait que la chasse à la baleine est devenue un problème mondial, notamment la chasse à outrance bien sûr. Ces mammifères marins sont menacés et la ville de Luc, soucieuse de sensibiliser les jeunes générations aux dangers qui menacent les baleines, a créé en 1966 et à l'initiative du maire de l'époque, M. Chabriac, une association : la Confrérie des Chevaliers de la Baleine. Chaque année sont distingués ceux qui auront oeuvré pour perpétuer le souvenir de la baleine ainsi que pour le commune de Luc.

En 1992, un petit musée a été inauguré. Il rassemble du matériel scientifique, des photos, des maquettes, des articles de journaux. Un espace vidéo retrace l'épopée du grand cétacé. Une boutique permet aux nombreux visiteurs d'emporter un souvenir de leur passage.

Je ne puis que vous inciter à aller faire un tour à Luc si vous passez dans le Calvados. Vous ne regretterez pas, le parc est superbe, le musée fort instructif, l'air est vivifiant et la plage est à deux pas...

Voilà une page d'histoire précisée. Bon, je m'arrête. C'est assez, comme disait la baleine...

(Réalisé avec  les renseignements et les photos aimablement fournis par la Mairie de Luc sur mer que je remercie)

 

A plus...

Partager cet article

Repost 0
Published by Gerard Nedellec
commenter cet article

commentaires

Bernard PIVATY 04/07/2016 13:51

La curiosité n'a pas toujours été un vilain défaut, loin s'en faut. J'aime au gré du surf sur le web, apprendre des histoires originales de nos régions et rencontrer par là même des gens soucieux de préserver la nature et les animaux qui nous entourent. Le "Musée de la baleine" en est un exemple et retrouver des personnes perdues de vue depuis plus de 40 ans (Alain VIAUD) en est un autre. Bravo pour ton bénévolat...Bernard

Gérard Nédellec 04/07/2016 14:37

J'ignore qui vous êtes mais j'apprécie votre... appréciation sur mon article.
Oui, la vie nous réserve parfois de belles surprises. A nous de les découvrir !...
Bien à vous,
Gérard Nédellec

viaud 25/02/2016 10:11

Le musée de la baleine de Luc vous fait dire que votre article a émus notre célèbre cétacé. Dans l'attente hypothétique d'un autre visiteur qui nous l'espérons passera bien au large de nos côtes, la maison de la baleine se consacre aux mammifères présents aujourd'hui sur nos côtes : les dauphins, principalement.
toutes les informations sur notre site : www.maisondelabaleine.com

Mickael 22/02/2016 13:24

Bonjour

Moi qui suis lutin, je ne connaissais pas toute l'histoire de cette baleine.
Je suis bien content d'en apprendre un peu plus

Merci
MD

Gérard Nédellec 22/02/2016 13:46

Bonjour cher Lutin,
Et moi qui ne suis pas Lutin, je la connais ! ! !
Un jour, de passage à Luc (j'ai habité le Calvados de longues années...) je suis allé à l'office de tourisme où l'on ma fourni tous les renseignements utiles pour donner la Véritable histoire de la baleine.
Heureux de vous avoir enseigné. Je n'ai pas de site mais si vous voulez connaître tout ce que j'ai écrit, en vous connectant sur google, écrivez mon nom et vous saurez tout...
Bien cordialement,
Gérard Nédellec

ROBINARD 01/07/2015 19:15

Bonjour,
Je suis occupé actuellement à écrire une histoire de Caen par le biais d'anecdotes. Je voudrais y inclure l'histoire de la Baleine qui fut un temps au jardin des plantes et je viens de lire votre article. Je le trouve plein d'humour et j'aimerais en utiliser certaines phrases (en vous nommant bien entendu). M'autorisez-vous à le faire ?
D'avance merci.
Cordialement,
F.R.

ROBINARD 01/07/2015 21:55

Il en sera ainsi.

Je vous remercie

FR

Gérard Nédellec 01/07/2015 21:51

Bien sûr, vous pouvez utiliser certaines phrases en citant le nom de l'almanach du Normand (parution annuelle en septembre) et le mien... of course...
Et si cela vous a plu, tant mieux !
Bon travail et bien cordialement,
Gérard

Présentation

Recherche

Liens