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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 08:02

 

un nouvel extrait de mon dernier livre "L'Ecole des Frères"...

 

En classe de Seconde, le programme comprenait le français et les maths pour les matières principales, puis l'anglais, l'histoire et la géographie, les sciences physiques et enfin la gymnastique.

Notre professeur de français était le frère Léonard. Précisons que ces noms ne correspondaient habituellement pas aux prénoms des intéressés mais aux noms sous lesquels ils avaient prononcé leurs vœux. Nous appelions certains par ce nom de frère, Frère X, d'autres par leur nom de famille, Monsieur Y, et quelques rares par leur sobriquet... mais seulement entre nous...

Le frère Léonard était un homme au maintien noble et distingué... au comportement « vieille France »... et à la diction raffinée. Au premier abord il nous parut un peu distant, mais à l'usage... si je puis dire, il s'avéra être un professeur tout à fait convenable et nullement fier... Il est vrai cependant qu'il parlait en s'écoutant un peu. C'était sa façon d'être, il fallait l'accepter comme il était, d'autant plus que c'était un bon professeur de français. Mais personne n'aurait empêché les espiègles que nous étions de relever ses manies, ses tics... Qui n'en a pas ? Moi-même, lorsque j'étais prof, j'en avais et mes élèves me « singeaient » gentiment... Non seulement je ne leur en ai jamais voulu... mais je riais avec eux... C'est d'ailleurs le meilleur moyen connu à ce jour de désamorcer la chose...

 

B-classe-de-seconde-1950-51-B.jpg

Voici la classe de seconde, année scolaire 1950-1951. Vous pouvez me voir au deuxième rang, à droite, juste au-dessus du Frère Léonard dont il est question.A gauche, le directeur, M. Divanac'h. Quarante élèves... pas un de moins... Une belle classe et d'excellents camarades...



Le programme comprenait... entre autre... l'étude des livres de Rabelais, Maître Alcofribas Nasier soi-même... Les aventures de Gargantua nous amusaient beaucoup. Mais sentions-nous sous l'ironie et la démesure toute la profondeur de l'œuvre ? J'en doute... C'est là qu'intervenait frère Léonard, avec l'air cérémonieux qu'il prenait pour nous expliquer des choses bassement matérielles. Il fallait l'entendre nous parler de Gargantua écoutant son maître Ponocrates à chaque instant de la journée de telle façon qu'aucune minute ne fût perdue, même lorsqu'il devait satisfaire à des besoins... naturels, car comme écrit Rabelais : « Puys s'en alloit es lieux secretz fayre excretion des digestions naturelles. Là son precepteur repetoit ce que avoit esté leu : luy exposant les poinctz plus obscurs et difficiles. » En clair, lorsqu'il allait aux toilettes, son maître lui répétait ses leçons pour qu'il s'en souvienne bien. Nous imaginions ce spectacle au cours duquel « le petit poussait »... Et nous transposions à notre propre situation... sans pousser plus loin... la comparaison...

Mais c'est le prédécesseur de Ponocrates qui nous amusait beaucoup, le professeur Thubal Holopherne, dogmatique et solennel, en un mot, pédant, et nous lui trouvions des points de comparaison avec notre propre professeur, auquel nous nous empressâmes de donner le surnom de « professeur Thubal ». Mais cette appellation contrôlée... ne franchit pas les limites de la classe de Seconde.

D'autres auteurs étaient aussi au programme, mais comme l'étude fut poursuivie en Première, je mélange un peu... J'en parlerai en temps voulu.

 

Frère Léonard nous apprenait aussi l'Histoire, et sans doute la Géographie bien que je ne m'en souvienne plus. Il fallait apprendre des résumés par coeur et je me rappelle uniquement que le siècle de Louis XIV était au menu et que nous devions nous « farcir » le nom de tous les artistes de ce siècle . L'un d'eux attira notre attention par la difficulté de prononcer son nom  : Coysevox, sculpteur de style baroque, dont nous nous appliquions à bien prononcer toutes les lettres, alors que, paraît-il, il faut dire « Cozevo »... Mais personne ne le savait... et nous encore moins !


 

Les mathématiques étaient enseignées par frère Pierre. Il était tout l'opposé de frère Léonard. Autant ce dernier avait le geste onctueux et la parole lénifiante, autant frère Pierre était agité de mouvements saccadés, son débit heurté, ses formulations « à l'emporte pièce ». Il roulait des yeux qui se voulaient terribles... Mais au fond, comme c'était un brave homme, que j'ai pu fréquenter plus tard lorsque j'étais « de l'autre côté de la barrière »... mais j'en parlerai en temps voulu, il n'impressionnait personne. Il souriait rarement, pensant sans doute que le sourire était une marque de faiblesse...

Il peinait parfois dans ses explications qui s'éternisaient, et je le soupçonnais de ne pas bien comprendre ce qu'il devait enseigner. Je me trompe certainement... mais c'est l'impression qu'il donnait. Curieusement ce défaut devenait une qualité. En effet, malhabile dans son exposé, il le recommençait plusieurs fois avec des variantes, et celui qui n'avait pas saisi la première fois avait toutes les chances de mieux comprendre la deuxième, voire la troisième fois... Bien entendu, je pense à mon cas en disant cela...

En écrivant ces lignes, j'imagine qu'on avait quand même mis un professeur de mathématiques qui comprenait les mathématiques... Mais la façon d'agir de frère Pierre, agité, nerveux, parfois résigné ou fataliste, donnait à penser qu'il pataugeait autant que nous...

 

(la suite, vous pourrez la lire dans le livre... of course !)

 (A pus...)

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Published by Gerard Nedellec
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