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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 09:19

 

 

 

Après avoir risqué la mort en Belgique, nous voici en Alsace où je retrouvais mes parents pour des vacances communes. Ils avaient une tente, nous avions notre « camping-car » modèle 1961, motorisé et carrossé par la maison Citroën, habillé par les établissements Nédellec...

Comme nous, ils aimaient les grands espaces et nous avons décidé un jour de partir à l'assaut du Grand Ballon. Après avoir cahoté sur les chemins qui n'en étaient pas, bringuebalé sur des pentes nullement vertigineuses mais qui offraient néanmoins des moments de frissons, nous sommes arrivés finalement dans un endroit vaguement plat, bien dégagé, où nous avons décidé d'installer notre camp pour la nuit. Le temps était merveilleusement beau.

J'aidai mes parents à monter leur tente. Mon frère étant jeune et vaillant, n'avait pas besoin d'aide pour planter la sienne. C'était une petite canadienne de couleur orange, basse de plafond... mais parfaite pour la station allongée. Pour notre part, la 2 CV essaya de trouver un endroit à peu près plat pour ne pas glisser lorsque nous serions couchés... Le paysage était grandiose. Nous étions en altitude, pas au sommet quand même, mais en pleine montagne, seuls, isolés, perdus dans un autre monde...

Le son cristallin des clochettes des troupeaux qui paissaient dans les environs se faisait parfois entendre dans la douceur de cette belle soirée d'août. Nous apercevions même les vaches au loin qui broutaient tranquillement. C'était le bonheur à l'état pur. Le repas se prolongea un peu, il faisait si bon respirer le bon air de la montagne. De petites étoiles scintillaient dans un ciel d'un bleu profond. L'air était doux, embaumé d'un parfum indéfinissable, et nous sentions que nous allions passer une nuit merveilleuse et inoubliable. Elle le fut pleinement, mais pas dans le sens où nous l'avions prévu...

Le repas s'éternisa un peu, nous étions si bien. Vers 22 heures, chacun regagna sa chambre : mes parents leur tente, mon frère sa petite canadienne, et nous notre palace roulant... Nous avions laissé dehors la table recouverte de la nappe en plastique qu'une brise légère agitait. Rien à craindre d'éventuels voleurs ! Qui viendrait s'égarer dans cet endroit perdu, totalement « hors du temps » ?

Vers minuit, je fus réveillé par le bruit des clochettes. Écartant légèrement le rideau, je vis que les vaches entouraient notre campement. Elle cherchaient de l'herbe, rare en cet endroit. Nous avions justement choisi cet endroit pour son manque de végétation. Il aurait été plus judicieux qu'elles allassent plus loin où l'herbe est plus fournie ! Mais allez donc faire comprendre cela à des vaches... De plus, un taureau les accompagnait. Il ne portait pas de clarine autour du cou et son aspect était nettement moins engageant que ses compagnes débonnaires. Il allait et venait, comme l'aurait fait un chien de garde. En réalité, c'était un taureau de garde... Il avait la charge du troupeau... si l'on peut dire, et prenait très à cœur cette responsabilité.

Indifférentes à leur protecteur, les vaches circulaient entre les deux tentes et la voiture. L'ennui, c'est que les tentes sont fixées par des tendeurs qui les maintiennent fixement au sol. A chaque pas, les vaches risquaient de se prendre les pattes dans l'un de ces tendeurs et personne ne pouvait deviner ce qui se serait passé. La vache aurait trébuché, le taureau aurait pris peur... Dans une telle situation, un animal est imprévisible. Qu'aurait-il fait ? Il semblait pourtant inoffensif...

Soudain, il s'immobilisa net devant la petite tente orange de mon frère et se mit à mugir sourdement, la patte droite grattant le sol dans une attitude nettement agressive... Tout le monde était réveillé mais personne ne bougeait. Cela dura une éternité. Les vaches continuaient leur petite promenade entre les tentes et insensiblement s'éloignaient de nous. Au bout d'un moment, voyant que les bêtes s'en allaient, le taureau les suivit et bientôt le troupeau fut loin.

Nous décidâmes de plier la petite tente car il était possible que les bovins reviennent. Mes parents pensèrent être plus à l'abri dans un abri « en dur ». Ils prirent donc place dans leur voiture, avec mon frère qui n'avait plus de tente. Bien leur prit car une demi heure plus tard, le troupeau revint, toujours accompagné de leur cerbère cornu... Les vaches recommencèrent leur balade entre piquets et tendeurs, avec la grâce de papillons ou d'abeilles butinant des fleurs... Le taureau ne les quittait pas et fut intrigué, non par la tente qui avait disparu, mais par la table de camping dont la toile volait au vent. Nous l'avions complètement oubliée, pensant qu'elle ne représentant aucun danger.

Erreur ! Le taureau, voyant ce pan de plastique qui bougeait, alla s'imaginer je ne sais quoi... Il se remit en garde, naseaux au sol, patte grattant le sol et soulevant la poussière, poussant des mugissements menaçants.

Dans leur voiture, mes parents ne faisaient aucun geste. Derrière nos rideaux, nous semblions à l'abri. En passant entre tentes et voitures, les vaches bousculaient la 2 CV qui tanguait comme un navire par gros temps... Le taureau avait quitté la contemplation de la toile plastique de la table et suivait les vaches dans leur gymkhana... Il secouait notre voiture sans se rendre compte que ses occupants étaient morts de peur. Cela dura... longtemps. Je n'osais soulever le rideau de peur de me trouver nez à nez avec le monstre... Au bout d'un moment, ma femme me dit : « Il est parti ? » Voulant me rendre compte, je poussai légèrement le rideau... Derrière la glace, à dix centimètres de mon visage, deux gros yeux globuleux au milieu d'une masse noire me regardaient. Le mufle du taureau semblait vouloir avaler la voiture... Je me retins pour ne pas crier. Je repoussai vivement le rideau et répondit : « Oui... Il est parti »... Pieux mensonge... mais je ne voulais pas affoler ma femme et céder à la panique. Avait-il eu le temps de me voir ? On dit que les bovins n'ont pas très bonne vue... Leur acuité visuelle est nettement inférieure à celle de l'homme, leur reconnaissance visuelle est réduite et l'odeur joue un grand rôle dans leur perception. Dans notre cas, les odeurs particulières dues au moteur ou autres organes pouvait masquer notre propre odeur. Je décidai donc qu'il ne m'avait pas vu... mais cela ne m'empêcha pas de trembler...

Dans leur voiture, mes parents en revanche étaient parfaitement visibles. Mais apparemment aucun animal n'en eut conscience... si je puis dire. Personne ne bougeait. Les voitures représentaient des masses sombres. Les vaches savaient parfaitement les éviter dans leurs déplacement, même si elles faisaient osciller notre voiture. De même l'œil des bovins voit les mouvements en accéléré ; c'est pourquoi notre taureau était effrayé par la toile de la table qui bougeait. Car son attitude était due à sa peur.

Dans cette affaire, tout le monde avait peur ; mais la masse du taureau était nettement plus impressionnante ! Face à lui, nous n'aurions pas pesé lourd. Avait-il peur de ce bout de plastique qui s'agitait au vent ? Personne ne peut le dire...

Le ballet des vaches et du taureau dura un très long moment. Le troupeau s'éloignait un peu et revenait, comme attiré par nous. Nous profitâmes d'un moment d'éloignement pour replier la table. Que la nuit fut longue.. Il n'était pas question de partir sans la tente de mes parents. Mais la démonter demandait plus de temps que ne nous laissait le troupeau. Et puis, avec notre harnachement sur le toit, nous n'aurions pu aller très loin sur ce terrain cahoteux. Nous étions paralysés par la peur.

Sur le coup de 6 heures du matin, un homme se pointa venant d'on ne sait où. Le troupeau, taureau en tête, se rangea docilement derrière lui sans qu'on ait eu besoin de lui indiquer ce qu'il devait faire, et suivit l'homme qui marchait d'un pas décidé. En moins de deux minutes les vaches s'étaient éloignées. Nous sortîmes de nos voitures, encore sous le coup de la grande frayeur que nous avions vécue, les jambes flageolantes, l'air hagard... Toujours pratique, ma mère décréta qu'un « bon jus » nous remettrait d'aplomb. Inutile de dire que le rangement de notre campement fut vite expédié. Vers 7 heures, nous quittâmes cet endroit idyllique... où nous avions eu si peur.

Décidément, les vacances réservent leur lot de surprises ! Dans ce cas, comme dans celui de la panne en Belgique, cela aurait pu se terminer tragiquement.

 

(A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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commentaires

Agnès & Hugues 22/09/2011 04:27


Tres amusant!
Je connaissais certaines de ses histoires bien sur...je ne me souvenais pas de celle des vaches et taureaux.


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