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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 08:49

 

 

 

Le Normandie avait été l’orgueil de la France. Lancé en 1932, arrivé au Havre le 11 mai 1935, il repartit le 29 pour sa traversée inaugurale qu’il effectua à la vitesse de 30 nœuds. Il s’adjugeait ainsi le ruban bleu récompensant le paquebot le plus rapide sur l’Atlantique Nord. Il battra ce record lors de son retour.

Le 2 août 1939, il quitta le Havre. C’était sa 139è traversée, ce sera la dernière. Il se trouvait à New York lors de la déclaration de guerre. Les autorités américaines, neutres encore, ordonnèrent de le désarmer, ce qui est une formule car il ne comportait aucun canon…..Il restait sous la surveillance de son équipage français. Mais le 7 décembre 1941, en attaquant Pearl Harbour, les Japonais allaient propulser les Américains dans la guerre. Ils commencèrent par réquisitionner le Normandie pour en faire un porte-avions ou un transport de troupes. Cette deuxième solution fut choisie. Certains auraient voulu que le navire fût mis à l’abri à la Martinique durant les hostilités. Mais le voyage présentait des risques. D’autre part, il semblait normal d’utiliser ce navire dans l’effort de guerre.

Rebaptisé La Fayette, le paquebot dut subir une cure "d’amaigrissement" car il ne s’agissait plus d’accueillir près de 2000 passagers, mais cinq fois plus de troupiers…..On lui enleva donc tout l’aménagement intérieur qui avait fait son luxe et sa fierté. Les salons immenses furent transformés en dortoirs. Des centaines de couvertures militaires (si j’ajoute cet adjectif, c’est pour indiquer qu’elles n’étaient pas très épaisses….) et de ceintures de sauvetage en kapok furent rangées dans le grand hall qui avait vu passer tant de célébrités. Grandeur et décadence…..Le palace flottant devenait un vulgaire transport de troupes……

Mais le pire restait à venir. Des ouvriers s’affairaient dans les entrailles du géant pour que le bateau soit rapidement opérationnel. Ce 9 février 1942, il pouvait être 2h30 PM. (14h30 heure locale). Un ouvrier utilisait sa lampe à souder dans le hall, non loin des ceintures de sauvetage et leur kapok inflammable. Une étincelle ou une imprudence, et voilà les ceintures qui s’embrasent.

La propagation des flammes fut immédiate. Aurait-on pu l’empêcher ? On ne sait. Toujours est-il qu’en peu de temps l’immense paquebot fut la proie des flammes. Les pompiers du port de New York déversèrent des trombes d’eau sur l’incendie qui fut maîtrisé. Mais des tonnes d’eau remplissaient désormais le La Fayette et l’on craignait qu’il ne basculât.

On avait raison de le craindre car le lendemain, à la marée montante, on vit le géant des mers se coucher lentement sur le côté dans un vacarme terrible en broyant la glace épaisse de plusieurs centimètres qui paralysait le port. Il s’immobilisa dans un gargouillement sinistre.

Le lendemain les New-Yorkais affluèrent pour découvrir le géant blessé à mort. On a dit que cet accident avait été provoqué parce que les Américains étaient jaloux du fleuron de notre flotte commerciale…..comme ils ont aussi été sans doute jaloux de notre Concorde…..Soyons sérieux : rien ne permet d’affirmer cela.

C’est la malchance, tout simplement…..Pour le moment, la carcasse du titan gisait dans le port de New York. Il était évident qu’il allait encore s’enfoncer dans la vase et que sa présence constituerait un obstacle pour la navigation. Il était donc urgent de le renflouer. Le plus vite serait le mieux car la vase pénétrait dans l’intérieur du navire par les hublots restés ouverts, “ comme de la pâte dentifrice sortant de son tube. ”

Avant toute chose, il fallut enlever les cheminées ainsi que les superstructures et tout ce qui n’était d’aucune utilité mais pesait lourd. Ensuite on dut extraire les 15 000 tonnes de vase qui s’étaient introduites dans le bateau. Cela fait, il était indispensable de colmater les 356 hublots situés dans l’eau, par lesquels la vase pouvait encore entrer. Des scaphandriers s’activèrent et y parvinrent non sans mal.

Le navire était de nouveau étanche. Il ne restait plus qu’à pomper les 100 000 tonnes d’eau qu’il contenait. Quand je dis "qu’il ne restait plus qu’à pomper l’eau", il ne faut pas croire que la chose était aisée, comme tout ce qui avait été réalisé depuis le début !…..On mit en place quatorze pompes. Alors, sachant qu’une pompe débite X litres d’eau à l’heure, on demande……Bref, ce fut long…..

Petit à petit, le géant se redressa mais garda finalement une gîte de 25°. Nous étions en octobre 1943. Les travaux de renflouage avaient duré près de vingt mois de travail intensif et pénible, demandé le concours d’un millier d’ouvriers et coûté la somme de 4 750 000 dollars. Mais le pauvre La Fayette n’était plus qu’une carcasse informe. Certains pensèrent que la coque de ce qui avait été le plus beau navire du monde pouvait encore être utilisée, notamment pour faire un porte-avions. Mais les frais de remise en état furent jugés disproportionnés. Il était plus avantageux de construire un porte-avions neuf……

Le malheureux navire fut alors abandonné à son triste sort dans un coin du port. Les Américains avaient alors "d’autres chats à fouetter"….si l’on peut dire. Il fallut attendre la fin de la guerre pour que son sort fût scellé. En octobre 1946, il était vendu pour être démoli et transformé en ferraille.

Les gratte-ciel de la grande ville le virent passer pour son dernier voyage, mais aucun bateau-pompe n’était là pour le saluer comme au temps de sa splendeur et ses arrivées triomphales…….

 

(publié dans l'Almanach du Normand il y a quelque temps... à plus...)


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Published by Gerard Nedellec
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