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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 08:41

 

Mais ce jour-là, contrairement à beaucoup d’autres villes libérées, pas de liesse générale, pas de cris de joie comme à Paris trois semaines plus tôt. Un énorme soulagement certes, mais aussi une immense douleur. Pourquoi ?

Le 22 août, la fermeture de la poche de Falaise avait terminé l’encerclement des forces allemandes de Normandie, mais laissé passer 50 000 hommes, sans leur matériel il est vrai. (certains avancent le chiffre de 100 000 hommes). [voir “ Et si la guerre avait été gagnée 6 mois plus tôt ? ” dans l’almanach 2005]. Les Allemands avaient traversé la Seine tant bien que mal.

La garnison du Havre comprenant 11 000 hommes venait de recevoir son nouveau chef le 14 août, le colonel Wildermuth. Ce choix (un colonel plutôt qu’un général) indiquait clairement que l’état-major allemand désirait seulement gagner du temps en fixant là des troupes alliées qui auraient été utiles ailleurs. La ville était devenue un redoutable camp retranché, une Festung, avec des batteries d’artillerie, des casemates en béton, un fossé antichar et des milliers de mines. Ajoutons que 60 000 Havrais étaient restés dans la ville.

Montgomery veut rattraper son retard. Il commande au 1er Corps d’armée commandé par le général Crocker de prendre la ville. C’est l’opération Astonia. Devant les risques de nombreuses pertes qu’un assaut frontal de la Festung occasionnerait, la RAF est appelée en renfort. C’est là que les choses se gâtent.

La ville avait supporté vaillamment de nombreux bombardements durant les 4 ans d’occupation. Mais là…..“ Entre le 1er et le 12 septembre, 2 042 sorties ayant Le Havre pour objectif furent effectuées. 11 000 tonnes de bombes furent lâchées sur la ville dont 5 000 au cours d’une attaque en plein jour concentrée sur un secteur d’une faible superficie ”. (Air Chief Marshal Sir Trafford Leigh-Mallory)

C’est cette attaque du 5 septembre qui fait mal et au sujet de laquelle on se pose encore aujourd’hui la question de savoir si elle était indispensable. Il y a un an, la revue “ Le Point ” dans son numéro 1669 du 9 septembre 2004 titrait : “ Fallait-il raser le Havre ? ”…..Oui, était-il indispensable de détruire Le Havre ?….

“ Vous seriez venus il y a 15 jours….avoue le maire Pierre Courant. Une ville alors pleine de fleurs…Hélas ! Il y a eu le 5 septembre…. ”

“ Pourquoi ces bombardements ? Pourquoi cet acharnement ? demande l’ingénieur en chef Druhart aux autorités militaires anglaises. Un colonel allié répond: “ Pour éviter un combat de rues. Le précédent de Caen nous a montré à quel point un tel combat peut être meurtrier ”. Puis il ajoute avec une pointe de cynisme ou d’inconscience : “ C’est vrai : la prise du Havre ne nous aura causé que 27 tués, 38 disparus et 206 blessés à la West Yorkshire Division, et 13 officiers et 125 hommes tués ou disparus chez les Ecossais. ”… “ Et nous dans cette affaire ?….s’insurge l’ingénieur havrais. “ Le sacrifice délibéré de votre population est en quelque sorte la rançon de l’économie en vies humaines des troupes en opération. ”….On ne peut être plus clair. Les 2 000 victimes havraises comptent….pour du beurre ! Le général Barker en met une couche : “ Je n’ai aucune hésitation à dire que le succès de l’opération Astonia a reposé, pour une très large part, d’abord sur le magnifique bombardement opéré par la RAF…. ” Magnifique bombardement…Les victimes du tunnel Jenner auraient apprécié…..

Il est bien compréhensible qu’après cette libération le climat ait été lourd dans la ville. Le major Lindsay constate “ que les Français sont plutôt frais à notre égard. Tous les restaurants et café sont fermés. ” Un autre officier qui demande si l’on peut organiser un bal pour les officiers est tout surpris de la réponse : nous ne voulons pas nous en occuper. La ville entière est en deuil.

Oui, la ville est en deuil. Les Havrais pensent que le prix de leur libération est vraiment trop cher payé. Principalement le bombardement du 5 septembre qui détruisit le centre ville. Les Alliés ont cru (ou estimé…ou pensé….) que le quartier général ennemi s’y trouvait, alors qu’il était au fort de Tourneville. Qui les a donc induits en erreur ? A moins que ce ne soit “ un acte voulu et délibéré de destruction d’une ville française ”, comme l’affirme un témoin qui était sous les bombes ce jour-là. On a quand du même du mal à croire cela….Mais en temps de guerre, tout, même l’impensable, n’est-il pas possible ?

Il est certain que les Alliés voulaient avoir à leur disposition un port en eau profonde le plus rapidement possible et à n’importe quel prix. Le Havre par exemple. Ce qui est tout aussi certain c’est que les aviateurs ont bien bombardé la cible qui leur avait été assignée. Pas d’erreur de cible. On a donc en haut lieu donné l’ordre de bombarder le centre ville. Il fallait faire vite. Montgomery avait besoin des troupes immobilisées devant Le Havre pour continuer la guerre sur la Meuse, dans les Flandres. Cette urgence a-t-elle scellé le sort de la ville ?…..

Le fait est qu’elle a été prise en 48 heures alors que les défenseurs allemands pensaient pouvoir tenir des mois. Les bombardements avaient brisé le moral des défenseurs. Le colonel Wildermuth n’était pas un nazi fanatique. Efficace et déterminé dans le combat, il le cessera lorsqu’il jugera le sacrifice de ses hommes inutile.

Au soir su 12 septembre, Le Havre est rasé à 80%. “ La ville n’a plus qu’un mètre de haut ” peut écrire un soldat britannique à sa famille. Le général Crocker dira : “ ce n’est pas la guerre, c’est un assassinat. ” (This is not war ! It’s a murder !)

 

Sans commentaires...

 

(à plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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