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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 09:18

 

C'est vrai : j'étais parti en pyjama. Pour conduire, cela n'avait aucune importance. Mais là... J'enfilai donc un imper et repris ma faction. Soudain une voiture se présenta. Je m'avançai pour lui faire signe, pas trop quand même car j'ignorais sa réaction. Surpris certainement de rencontrer un quidam en pleine nuit, il stoppa derrière moi et descendit.

-Je suis en panne. Voulez-vous m'aider à pousser ma voiture sur la berme ?

L'air ahuri de l'automobiliste me fit répéter la question. Il me regardait d'un drôle d'air. Évidemment, un imper sur un pyjama... cela se voyait comme le nez au milieu de la figure... Mais je n'obtins pas davantage de réponse, exceptés quelques mots prononcés dans une langue inconnue. Un coup d'œil à sa voiture confirma qu'il s'agissait pourtant d'un Belge. Je réalisai alors qu'il était Flamand. Par gestes, je lui indiquai ce que j'attendais de lui. Il hocha la tête pour montrer qu'il avait compris, et nous poussâmes la 2 CV. A deux, la chose était plus aisée. Au volant, ma femme dirigea la voiture de façon qu'elle soit rangée bien parallèlement à la route et entièrement sur la berme. Elle était large, ai-je dit, mais la voiture occupait entièrement l'espace et la route était toute proche... Il fallait pourtant s'en contenter. Je remerciai chaleureusement mon aide, qui remonta dans sa voiture en me regardant comme s'il avait eu affaire à un échappé de l'asile...

Je retrouvai ma chambre sur pneus... mais ayant oublié d'ôter mon imper, je dus me contorsionner pour l'enlever dans cet espace réduit... D'autre part, il me fallut regonfler le matelas si je voulais dormir. Comme je ne voulus pas sortir le tout pour gonfler plus facilement, je m'installai tant bien que mal sur la partie déjà gonflée afin que mon poids ne s'oppose pas à l'entrée de l'air. A genoux, penché en avant, je m'échinais à pomper mais j'étais loin d'avoir mes aises... Et comme d'autre part il pleuvait, j'eusse voulu sortir le matelas, je n'aurais pu le faire. Il me fallut pomper et pomper encore... Mais comme les Shadoks n'existaient pas à cette époque puisqu'ils ont vu le jour quelques années plus tard, je ne savais pas que je pompais... Je croyais que je gonflais le matelas...

Au bout d'une petite heure, peut-être moins, nous étions prêts à rendormir. Ah mes amis ! Quelle nuit ! Des camions se sont mis à circuler vers 2 heures du matin, c'est à dire peu de temps après notre endormissement... Ils passaient à peu de distance, nous frôlant presque. Chaque fois la 2 CV était secouée, ballottée. Mais tel un navire dans la tempête, elle résistait bravement. Ces secousses nous ont certainement bercés car nous avons dormi... peu et mal certes... mais nous avons fait ce que nous pouvions, compte tenu des circonstances. Avec le recul, je me dis que c'était très dangereux... et que nous avons tout simplement risqué notre vie. Mais le ciel était avec nous, puisque je suis toujours là pour vous narrer la chose... Et je vous assure que ce sont pas des menteries...

Inutile de dire qu'au lever du jour, nous étions debout ! C'est une façon de parler, car pour se mettre debout dans notre habitacle, il fallait se lever de bonne heure... ce que nous avons fait ! Dire que nous étions frais et dispos serait... exagéré... J'ai ouvert la portière pour sortir... côté opposé à la route bien sûr... et je suis tombé dans le trou ! Il était impossible de faire autrement, la porte s'ouvrait sur un profond fossé... Lorsque nous sommes arrivés, l'obscurité nous a empêchés de remarquer cet immense fossé dans lequel nous aurions pu faire basculer la voiture lorsque nous l'avons poussée.

Cette chute me réveilla complètement. Il ne pleuvait plus, mais tout était trempé ; le fond du fossé était même plein d'eau. Je n'avais pas prévu de bain de pieds à cette heure matinale... Le petit déjeuner attendra que nous soyons installés plus confortablement... mais je tins à me raser. On a les coquetteries qu'on peut... J'utilisais alors la mousse à raser avec blaireau et rasoir mécanique. J'installai la cuvette d'eau sur le capot, je m'assis sur un siège pliant, et j'entrepris de couvrir ma figure de mousse. Il fallait voir la figure des automobilistes qui passaient et me découvraient, le rasoir à la main, très absorbé dans ma tâche ! Ils ne pouvaient s'empêcher de tourner la tête vers moi, l'air ahuri, au risque de terminer leur course dans le fossé... Heureusement, personne n'a connu un sort aussi funeste... car j'aurais été reconnu responsable avec le motif : « A distrait des automobilistes qui passaient avec un rasoir et la figure couverte de mousse... »

Maintenant, il fallait se sortir de cette situation. Par chance, un garage Citroën se trouvait à peu de distance. Je m'y rendis, le garagiste remorqua ma voiture jusqu'à chez lui. Il décréta que la batterie était déchargée, ce que j'avais déjà deviné... et qu'il fallait donc la remplacer par une batterie neuve. Ce qui fut fait. Il ne me proposa pas de la recharger, ce qui aurait eu le même effet. N'ayant que peu de connaissances en matière d'automobile, j'acceptai avec joie l'achat d'une batterie neuve. Cela nous permettait de continuer notre périple. Au diable l'avarice !

Lorsque je suis rentré à la maison et que j'ai parlé de cet incident à mon garagiste attitré, il a froncé les sourcils et m'a parlé des charbons de la dynamo qui devaient être grillés. Ce sont eux qu'il aurait fallu changer, et non la batterie ! Si je ne faisais pas, ma batterie se déchargerait à nouveau. C'était le cercle sans fin... Je le crus et il changea les charbons qui effectivement étaient grillés. J'ignorais totalement la présence de charbons sur la 2 CV ! J'avais encore beaucoup à apprendre... Résumons : deux cardans, des charbons... Qu'allais-je encore découvrir ? Le garagiste belge m'avait vu venir avec mes gros sabots... Il m'a vendu une batterie neuve et en a gagné une bonne, la mienne, qui n'était pas morte et qu'il suffisait de recharger.

Mais pour le moment, nous devions rejoindre l'Alsace où nos parents nous attendaient pour des aventures aussi palpitantes...

(à plus..)

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Published by Gerard Nedellec
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