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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 16:10

Vous ne connaissez certainement pas l'histoire édifiante de Bohémond et de sa sainte lance, celle qui perça le flanc du Christ sur la croix... Je suis là pour vous renseigner... Je me suis inspiré du livre de Pierre Miquel :"Les mensonges de l'Histoire"... ainsi que de divers dictionnaires ...

Paru dans l'almanach du Normand...

 

 

 

 

 

Les Normands ont toujours été des grands voyageurs. Vers 1020, des familles normandes, poussées par l’esprit d’aventure et l’espérance de la fortune, émigrèrent dans l’Italie du sud. Citons la famille de Tancrède de Hauteville qui arriva avec onze de ses fils, dont Robert Guiscard, l’un des plus jeunes. Bohémond est son fils aîné, né vers 1057.

En 1095, le pape Urbain II vient à Clermont prêcher la croisade pour délivrer les lieux saints. Les rois ne répondirent pas à son appel, mais des grands féodaux parmi lesquels le comte de Toulouse, Godefroy de Bouillon, Etienne de Blois, Robert Courteheuse duc de Normandie et Bohémond de Tarente. Ce sera la première croisade, celle qui prendra Jérusalem en 1099. Tout le monde a appris cela. Mais ce ne fut pas une marche triomphale comme on l’a cru. On assistera à des tiraillements, des jalousies entre les barons. Sans oublier l’empereur de Constantinople Alexis Comnène qu’il ne fallait pas froisser…

Deux ans après le départ des Croisés, les barons se sont contentés de se tailler des fiefs pour leur propre compte. On est loin des belles intentions du début… On oublie Jérusalem. Certains veulent rentrer chez eux. Voilà les Croisés devant Antioche, porte de la Syrie. Mais on annonce qu’une armée turque va délivrer la ville de ses assaillants. Il faut agir vite. Grâce à un traître qui commande une tour de défense de la ville, celle-ci est prise par Bohémond. Mais voici l’armée turque et les Croisés sont prisonniers dans Antioche. La peste et la famine gagnent. Vont-ils périr ?

C’est alors qu’un miracle se produit. Un curé de Marseille, Barthélemy, qui avait suivi l’armée des Croisés, affirme connaître l’endroit où le légionnaire romain qui avait percé le côté droit du Christ sur la croix a caché la Sainte Lance. On ne le croit pas. Un Marseillais !... qui plus est sale, barbu…

Mais la situation est de plus en plus mauvaise. Et s’il disait vrai ? Si la Sainte Lance était bien cachée sous le maître-autel de la cathédrale Saint-Pierre ? Ce serait la victoire assurée ! Si les Normands ne croient pas cette histoire, le comte de Toulouse y accorde la plus grande attention. Les soldats quant à eux sont convaincus. Et pour mieux se préparer, l’armée entière observe un jeûne de trois jours avant de rechercher la Sainte Lance.

Barthélemy se fait de plus en plus affirmatif. Semblant conforter ses dires, une étoile filante apparaît brusquement dans le ciel. A cette époque, on était très sensible aux signes du ciel. De plus, un météorite s’écrase dans le camp turc. N’est-ce pas le Christ qui montre clairement sa présence à côté des croisés ?....

Le 14 juin dès l’aube, dans une grande fébrilité, on commence à creuser dans la cathédrale Saint-Pierre. La journée passe… rien… Soudain, le soir, cachée à trois mètres de profondeur, voilà la fameuse lance ! On crie au miracle ! Le comte de Toulouse l’a tient enfin dans ses mains. Il y avait toujours cru. Cette lance leur donnera la victoire !

C’est alors que la mésentente entre les barons croisés va se montrer dans toute sa bêtise… Bohémond et ses Normands crient au mensonge. Barthélemy est un mystificateur ! Ce qu’il veut, c’est donner la victoire au camp des Provençaux, au détriment du leur… Et tandis que les chevaliers du Sud s’agenouillent devant la lance rouillée, Bohémond sent que le vent tourne en sa défaveur. Il décide de frapper un grand coup afin de reprendre l’avantage. Il profite de ce que le comte de Toulouse soit malade dans sa tente pour provoquer en combat singulier le chef turc Karboghâ. Ce dernier refuse, on s’en doute.

Il faut changer de tactique. Le chapelain du duc de Normandie prétend que la lance n’est pas la vraie lance. Comment le prouver ? Au Moyen Age, il existait un moyen facile pour savoir si quelqu’un était coupable, innocent, mentait ou disait la vérité : il suffisait de lui faire subir le jugement de Dieu ! Une épreuve judiciaire (une ordalie) par les éléments naturels, ici le feu. Vous allez voir, c’est simple. Le présumé coupable ou innocent traverse le feu, pas un petit feu, un grand. S’il en ressort vivant et sans traces de brûlures, il est innocent. Je vous le disais : facile !...

Un immense bûcher est donc allumé. Nous sommes le vendredi saint 1098. Si le prêtre a bien eu les visions qu’il prétend, Dieu ne le laissera pas périr… Raisonnement imparable… quoique simpliste ! Le pauvre Barthélemy grimpe l’escalier en bois qui le mène sur le bûcher, portant la lance enveloppée dans un tissu de soie. Si elle est authentique, Dieu ne la laissera pas se consumer.

Bravement, il pénètre dans le feu… et ressort indemne de l’autre côté. Il a réussi l’épreuve du feu. Miracle ! La Sainte Lance est intacte ! Si les Normands font grise mine, les Provençaux exultent de joie. Dieu a manifesté sa toute puissance ! La lance est bien celle qui a transpercé le flanc du Christ sur la croix. Désormais, la victoire ne peut leur échapper !

On veut féliciter le curé, en faire un saint, arracher peut-être un morceau de sa robe pour en faire des reliques. Il a disparu. On le cherche, on le retrouve enfin, on le presse, on l’étouffe, on l’écrase… Il s’en sort mais meurt quelques jours plus tard. Peu importe ! Il a rendu la foi à tous.

Mais voilà : la sainte lance a disparu ! Le ciel a-t-il voulu punir ces croisés qui se comportent comme des mécréants ? Bohémond se reprend alors. Comme le comte de Toulouse est toujours souffrant, il prend la tête des troupes, les aligne hors de la ville, et lance la cavalerie sur les Turcs qui se débandent. C’est une victoire incontestable, que pour une fois, tous s’accordent à attribuer à l’intervention divine.

Les croisés vont-ils avoir compris cette fois ?... Pas du tout ! La prise de Jérusalem devra attendre encore plus d’un an puis qu’elle aura lieu le 15 août 1099. Mais si cela vous l’avez appris à l’école, avouez que les mésaventures de la lance et de Bohémond vous étaient inconnues !...

On vous cache tout... mes braves gens...

 

(A suivre...)



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Published by Gerard Nedellec
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