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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:24

 

 

Aristide Boucicaut est considéré à juste raison comme le créateur de ce qu’on appelle couramment maintenant les grands magasins. En ce milieu du XIXè siècle où la révolution industrielle naissante va transformer tous les secteurs d’activité, il donne au commerce une impulsion décisive grâce à une idée simple : vendre plus mais moins cher…..Relisez le livre d’Emile Zola “ Au Bonheur des Dames ” ou revoyez le film du même titre d’André Cayatte si vous en avez l’occasion……

Mais revenons à Aristide Boucicaut. Il est né à Bellême dans l’Orne le 14 juillet 1810. Son père tenait une petite boutique de chapeaux. Il commença sa carrière commerciale en vendant du tissu. Mais il n’était pas fait pour végéter. Il suivit un commerçant ambulant comme il en existait beaucoup alors et après quelques mois de pérégrinations, il monta à Paris. Il avait 19 ans. Les débuts furent difficiles, il fallait vivre. Il s’occupa tant bien que mal jusqu’à ce qu’il trouve un emploi de vendeur dans un magasin de nouveautés situé rue du Bac, “ Le petit Saint Thomas ”.

Son ambition et ses qualités commerciales le feront nommer chef du rayon des châles. Ce n’est qu’un début. Dans ce magasin d’inspiration chrétienne mais où la notion commerciale est loin d’être absente, Boucicaut apprendra beaucoup. Le fondateur du “ Petit Saint Thomas ”, Simon Mannoury, un Normand comme lui, s’attache à fidéliser le client par des pratiques inconnues à l’époque : bas prix, vente par correspondance avec franco de port, soldes, expositions occasionnelles. Il a même l’idée d’organiser des promenades à dos d’âne pour les enfants des clientes.

Nous sommes en 1834. Le midi, Boucicaut déjeune dans un petit bistrot tenu par une jeune fille de 18 ans, Marguerite Guérin, venue de Saône et Loire. Les jeunes gens sympathisent et en 1836, Aristide Boucicaut épouse Marguerite Guérin. Elle sera toujours sa fidèle collaboratrice.

En 1848 le “ Petit Saint Thomas ” ferme et Boucicaut fait la connaissance de Paul Videau qui tient un magasin situé pas très loin : “ le bon marché Videau ”. En quatre ans, les Boucicaut feront 50 000 F d’économies qu’ils mettront dans l’affaire Videau. Le magasin comptait alors 12 employés, son chiffre d’affaires se montait à environ 450 000 F. Cette association fut lucrative puisque dix ans plus tard, le chiffre d’affaires était monté à 7 millions de francs. Boucicaut voulait innover toujours plus, ce qui effraya Videau qui se retira de l’affaire.

En 1863, Boucicaut est seul maître à bord. Un compatriote, Henry-François Maillard, natif de Mortagne, lui prête l’argent nécessaire à ses projets. Ce Maillard avait fait fortune en Amérique en achetant des marchandises aux enchères pour les revendre en gros à des commerçants. La modicité du bénéfice était largement compensée par le volume des ventes. Boucicaut appliquera ces méthodes en y ajoutant son expérience acquise lors des années passées au “ Petit Saint Thomas ”. C’est ce qui fera la différence vis à vis de ses concurrents.

Nous sommes au début du Second Empire. Après des années de sommeil, l’économie française va faire un grand bond en avant. C’est l’époque de l’industrialisation, du grand essor économique, aussi bien dans l’agriculture, l’industrie, la banque, les communications, et bien sûr le commerce. On assiste à la naissance du capitalisme industriel, dans lequel Boucicaut prendra toute sa place. Mais le mot solidarité ne sera jamais absent de son vocabulaire.

Il a compris que le meilleur moyen de stimuler ses employés est d’en faire non pas uniquement des travailleurs exploités et laissés lorsqu’ils ne peuvent plus assurer leur service, mais des collaborateurs conscients que la qualité de leur travail profite à la maison, et réciproquement qu’elle ne les laissera pas lorsqu’ils seront vieux. Il s’agit là d’une politique sociale en avance sur les idées de l’époque. Le personnel ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisqu’il l’a surnommé “ Le Juste ”.

Un employé qui a l’espoir de passer second, puis chef de comptoir, travaillera avec plus d’ardeur. C’est la promotion au mérite et non à l’ancienneté. A une époque où la sécurité sociale n’existait pas encore, Boucicaut crée une Caisse de Prévoyance et une Caisse de retraite dont le financement est assuré par les bénéfices de l’entreprise. “ En instituant la Caisse de Prévoyance, dit-il, nous avons voulu assurer à chacun de nos employés la sécurité d’un petit capital qu’il puisse retrouver au jour de la vieillesse, ou qui en cas de décès puisse profiter aux siens. (…..) Ils comprendront mieux que l’activité de leur travail, le soin des intérêts de la maison,(….) sont autant de devoirs qui tournent au profit de chacun. ”

Dans le même temps, les locaux s’agrandissaient. Le 9 septembre 1869, est posée la première pierre du magasin de Boucicaut à la limite des VIè et VIIè arrondissements. Et c’est peut-être la première fois qu’on allait construire un immeuble spécialement conçu pour un grand commerce de nouveautés. La réalisation en avait été confiée à l’architecte Boileau et à l’ingénieur Eiffel (qui n’avait pas encore construit sa tour……). Deux novateurs de l’emploi du fer et du verre en architecture. Le fer pour sa solidité, sa légèreté et son élégance, le verre pour la lumière qu’il laisse passer.

Mais Boucicaut meurt en 1877, dix ans avant la fin de la construction de son magasin. Il laissait à sa veuve qui continuera son œuvre, une entreprise florissante de près de 2000 employés, avec un chiffre d’affaires qui avait multiplié par 160 celui de 1852 : 72 millions de F.

D’autres suivront son idée : Jules Jaluzot en 1865 (Le Printemps), Ernest Cognacq et sa femme Marie-Louise Jay en 1870 (La Samaritaine), Théophile Bader en 1895 (Les Galeries Lafayette). Mais c’est bien Aristide Boucicaut qui le premier créa un magasin accueillant librement la clientèle sans obligation d’achat.

(A plus...)

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Published by Gerard Nedellec
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