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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 10:21

 

Je vous ai dit que mon dernier livre "Troufion"  était paru en septembre dernier. Voici un chapitre qui vous donnera une idée des souffrances que devaient endurer les pauvres troufions il y a... un certain nombre d'années... Cela vous permettra de connaître ce qui attendait les malheureux qui partaient "en fausse perm'..." c'est à dire sans titre de permission.

                                               * * * * * * * * * * *

La routine de l'infirmerie était heureusement coupée par des permissions plus fréquentes. En effet, personne ne venait jamais contrôler le personnel infirmier et le camp était ouvert à tous les vents... Les week-end où il n'était pas de garde, Bernard pouvait s'absenter du vendredi en fin d'après-midi jusqu'au au dimanche soir. Il n'était pas nécessaire d'avoir un titre de permission, l'essentiel était de ne pas se faire prendre en route. C'était peu probable car à part les abords immédiats du camp et les gares, où la patrouille veillait, on ne risquait pas de se faire arrêter par les gendarmes. Nous avons vu comment ils se comportaient envers les bidasses, car c'étaient de braves gens dont la mission ne consistait pas à pourchasser les pauvres troufions...

La patrouille en revanche avait cette mission... Elle était constituée de quatre soldats commandés par un sergent ou un caporal-chef. On la trouvait de préférence dans des endroits où les soldats en permission étaient nombreux, les gares principalement. Là, il valait mieux être en règle.

Mais Bernard oubliait superbement les gares puisqu'il se livrait à son sport favori : le stop. Il avait calculé qu'en se postant sur la route de Fougères, au lieu-dit La Lande aux Oiseaux, il pouvait rejoindre Mayenne en passant par Fougères et Ernée. Une distance d'environ 70 km de grandes routes ; avec un peu de chance il pouvait être à Mayenne en une heure ou un peu plus. Là, Thérèse viendrait le chercher. Ils auraient ainsi deux bonnes journées ensemble et le dimanche elle le reconduirait à Mayenne.

C'est ce qu'ils décidèrent de faire le week-end suivant. Nous étions alors début août. Ils passèrent deux jours merveilleux. Bernard retrouvait sa chambre chez la famille Bruneau, ravie de le revoir.

-Tu vois ? fit-il à Thérèse, nous pouvons nous voir presque toutes les semaines, sauf le week-end où je suis de garde. Il faut toujours un infirmier sur place. Comme nous sommes trois, calcule toi-même...

-Mais... répondit Thérèse méfiante, personne ne s'aperçoit de ton absence ?

-Mais non, nous ne sommes plus en période des classes, c'est à dire de l'apprentissage de la vie militaire, où nous sommes étroitement surveillés. Maintenant je suis totalement libre, à moi de ne pas me faire pincer !...

-Mais alors, nous nous verrons souvent !

-Oui, et profitons-en car il est question qu'on nous envoie en Algérie. Là, ce serait un peu plus loin !

Allez, n'y pense plus ! Comme disait Horace : « Carpe diem ! », ce que Ronsard a traduit joliment par « cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie... »

-Te voilà poète maintenant...

-Oui, mais tu auras remarqué que je cite les autres !

Le dimanche soir, après que Thérèse l'eut ramené à Mayenne, il reprit la route le pouce levé. Les automobilistes s'arrêtaient généralement pour des militaires. Comme la dernière voiture dans laquelle il monta s'arrêtait à Saint-Aubin-du-Cormier, il descendit. Il allait prendre la route du camp, lorsque des flonflons se firent entendre. Il s'approcha et découvrit qu'il y avait un bal. Pourquoi ne pas y faire un tour ?

Il n'était pas spécialement un fanatique des bals mais dans le cas présent il voulait retarder son arrivée au camp. Au bout d'une heure dans cette atmosphère enfumée, il sortit prendre l'air. A peine avait-il fait quelques pas qu'un caporal-chef sortit de l'ombre : la patrouille !... Il reconnaissait cet homme de troupe gradé : le caporal-chef Merlau. Il était réputé pour être sans pitié... Il voulut s'éloigner comme si de rien n'était lorsqu'une voix cria dans son dos :

-Hep là bas ! Viens par ici !

Bernard s'approcha, les jambes flageolantes.

-Tu as une permission ?

-Bien entendu ! Répondit-il d'une voix qui se voulait assurée.

-Bien...

Bernard reprit sa marche quand la voix cria :

-Hé ! Ta permission... ce serait préférable que tu me la montres !

Bernard fit demi tour. Dans sa tête, les idées s'entrechoquaient. Comment allait-il pouvoir se sortir de ce mauvais pas ? Avec un tel cabot-chef, pas question de complaisance ! Il se mit à faire semblant de chercher dans ses poches.

-Avoue plutôt que tu n'en as pas ! Fit l'homme d'une voix où perçait une certaine jubilation.

-Mais si je l'ai... mais je ne la retrouve plus...

-Eh bien mon ami, c'est comme si tu ne l'avais pas ! Allez, en route ! On rentre au camp !

Les quatre troufions encadrèrent Bernard et les six hommes prirent la route du camp d'un bon pas. Tout en marchant, Bernard faisait fonctionner sa boîte à réflexion...

-Voyons, pensait-il, si je ne trouve pas un stratagème avant d'arriver, c'est le petit château qui m'attend ! Et ça, je voudrais bien l'éviter...

Cette expression imaginée désignait la prison... Il aurait préféré rejoindre l'infirmerie... Mais pour cela, il faut être malade...

Malade !... Mais oui, la voilà, l'idée ! Il devait être malade en arrivant ! Les hommes marchaient assez rapidement et Bernard était un peu essoufflé. Il accentua cet essoufflement, respirant bruyamment tout en portant ostensiblement ses mains à sa poitrine. Le cabot-chef, intraitable mais néanmoins désireux d'amener son monde à bon port en bonne santé, s'inquiéta.

-Ça ne vas pas ? Fit-il légèrement inquiet.

-Non, fit Bernard d'une voix mourante. Je me sens oppressé. Ma poitrine me serre. Je suis souvent sujet à de tels phénomènes lorsque je suis stressé...

-Et alors, que t'arrive-t-il ?
-Cela finit bien souvent à l'hôpital si l'on ne me soigne pas avant ! Et ça, pour toi, ce ne serait pas très bon...

-Que faut-il faire ? Fit l'homme de plus en plus inquiet.

-Conduis-moi à l'infirmerie. Là, ils sauront me donner le médicament qui convient et demain il n'y paraîtra plus. Sinon, je crains pour ma vie...

Bernard en rajoutait beaucoup mais il sentait que le cabot-chef était à point... Arrivée au camp, la patrouille déposa Bernard à l'infirmerie où Gilbert Gabert, qui était de garde, prit en charge le « malade » qui se trouva nettement mieux.

Ouf ! Il l'avait échappé belle !

-On verra ça demain quand tu seras remis ! Lança Merlau qui voulait avoir le dernier mot.

Effectivement le lendemain de bonne heure, il se présenta à l'infirmerie. Mais l'infirmier de service lui dit que Bernard était souffrant et attendait la visite du médecin. Il l'attendait mais pas pour cette raison. Dès que le médecin aspirant Burel se présenta, Bernard lui expliqua la chose.

-Tu me mets dans une drôle de situation ! Lui fit le docteur. Je dois te donner une permission... rétrospective, ou tu vas au gnouf ! Comme je veux te garder, je n'ai pas le choix... Mais méfie-toi à l'avenir : ce Merlau est redoutable !

Le « redoutable » Merlau avait déjà fait son rapport au capitaine Le Morellec qui commandait la CCS (Compagnie de Commandements et des Services). Bernard n'allait pas s'en sortir ainsi... Il dut se présenter devant le capitaine, un brave homme que Bernard connaissait un peu.

-Mon capitaine, lui dit-il, je ne sais pas ce qui m'a pris : la panique certainement car je l'avais cette permission, la voici ! Impossible de mettre la main dessus dans ma poche où elle se trouvait. Cela m'arrive parfois quand je suis stressé...

-Cela m'étonnait aussi de vous que vous soyez parti sans permission... laissa tomber le capitaine en prenant connaissance de la « vraie-fausse » perm '…

Cette remarque du capitaine fit mal à Bernard : il avait trompé la confiance d'un brave homme... Bah ! A la guerre comme à la guerre ! Il avait le cœur encore trop tendre, il lui fallait s'endurcir encore un peu...

Merlau, mécontent de s'être fait avoir, vint roder devant l'infirmerie et dit à Bernard d''un air mauvais :

-La prochaine fois, tu ne m'échapperas pas !

-Et toi, ne t'avise pas de tomber malade : nous te soignerions « aux petits oignons » !

L'affaire en resta là et Bernard fut encore plus vigilant, évitant soigneusement les bals populaires...

 

Voilà... et si vous voulez en savoir plus, vous trouverez "Troufion" dans toutes les bonnes librairies... De plus, je serai au magasin U de Villaines la Juhel (53) le lundi 28 novembre de 10 à 19 h.

Je serai également à la librairie France Loisirs d'Angers le samedi 3 décembre de 14 à 18 h.

Pour une dédicace bien entendu ! ! !  Et si vous venez me rencontrer et que vous êtes lecteurs de mon blog, dites-le moi !

 

Allez, à plus !

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Published by Gerard Nedellec
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