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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 11:58

Un texte que j'ai écrit pour l'almanach du Breton 2003 et qui m'a paru intéressant pour en faire profiter d'autres lecteurs...

Jean Victor Moreau fait partie des jeunes généraux de la Révolution qui avaient leur bâton de maréchal dans leur giberne.

Son père était procureur au bailliage de Morlaix. Il naquit dans cette ville en 1763. Sa jeunesse se déroula à Rennes où il fit des études de droit. Il passa avec succès sa licence tout en se donnant les airs de nonchalance de quelqu’un que les honneurs n’intéressaient pas. En réalité, s’il le cachait bien, il était follement ambitieux. A 25 ans, il devint prévôt des étudiants en droit et prit à ce poste le goût du commandement qu’il ne quittera plus.

En 1790 il franchit le pas et forma une compagnie de canonniers dans la garde nationale de Rennes, dont il devint le capitaine. Un an plus tard, il prit la tête d’un bataillon de volontaires bretons avec le grade de lieutenant-colonel, et partit pour l’armée du Nord. Désormais, son étoile ne cessera de monter, comme celle d’un jeune Corse encore inconnu mais qui fera parler de lui…..Napoléon Bonaparte.

S’il le soutient lors du coup d’Etat du 18 Brumaire, les deux hommes, aussi ambitieux l’un que l’autre, vont peu à peu se jalouser, chacun voyant en l’autre un rival.

En 1800, Moreau remportera sur les Autrichiens la victoire décisive de Hohenlinden. Mais s’il n’a pas trempé directement dans la conspiration de Pichegru et Cadoudal contre Bonaparte, du moins n’a-t-il rien fait pour les en dissuader. Belle occasion pour éloigner un concurrent dangereux.

Le général Moreau est condamné à l’exil en Amérique. Il reviendra en 1813 pour se mettre au service des Russes et sera tué par un boulet français devant Dresde.

Et vous ne voyez toujours pas de statue en vue…..Attendez ! Il fallait que d’abord je plantasse le décor……

A l’époque de ses succès dans l’armée du Nord, le général Moreau aura une liaison avec Ida de Saint-Elme, preuve s’il en fallait, qu’il pouvait mener de front les combats guerriers et les joutes amoureuses.

Sa passion amoureuse (une Saint-Elme ne pouvait que mettre le feu…..aux hommes….) l’amena à commander une statue en marbre de sa belle. Nous y voilà ! La dite belle posa donc pour le sculpteur Lemot qui ne resta pas insensible aux charmes que la jeune personne lui dévoilait si généreusement. On peut sculpter le marbre et ne pas être……de marbre. Et comme pour la jeune personne fidélité rimait avec frivolité, elle fit profiter le brave Lemot qui n’en demandait pas tant de sa grande ouverture d’esprit……en lui montrant que le repos du sculpteur….valait le repos du guerrier.

En revenant de l’armée, Moreau découvrit son infortune : celle qu’il présentait comme sa femme devant ses collègues et les membres du Directoire profitait de son absence pour se conduire d’une façon indigne. (Joséphine en fera autant vis à vis de Bonaparte…..mais cela est une autre histoire)

Il entra dans une grande colère et rompit toutes relations avec la jeune femme trop volage. Il était plus à l’aise face à des adversaires fussent-ils redoutables, que devant une "faible" femme, fût-elle armée de sa seule vertu…….Sage réaction (que n’aura pas son "rival" Bonaparte….)

Et la statue ?……Lemot venait de terminer le modèle grandeur nature en terre cuite et allait acheter le marbre dans lequel la belle serait sculptée pour l’éternité. Mais voilà : Moreau ne voulait plus, et pour cause, de la statue. Après avoir eu l’original dans les bras, Lemot avait la copie sur les bras…….

Que faire ?…….Il voulait pourtant récupérer les fonds dépensés. Une commande avait été passée, il convenait de l’honorer. Mais Moreau ne voulait plus en entendre parler : Lemot ne fut pas payé.

Dégoûté de la tournure des événements, il essaya d’oublier l’encombrante statue en la mettant dans un coin. Un jour qu’il avait la visite de Sophie Gay, dont la fille Delphine Gay, future Madame de Girardin, est plus connue, il lui dit :

-« Emportez-là, je vous la donne, délivrez-moi de cette vendue invendue…. »

Ravie de l’aubaine, Sophie emporta chez elle la statue qui lui plaisait. Mais posséder la statue en terre cuite ne lui suffisait pas. Elle ignorait les raisons qui avaient amené le général Moreau à rompre avec l’infidèle Ida. Elle désirait la statue terminée. Elle décida donc de demander l’aide financière de ses amis pour permettre à l’artiste de fixer dans le marbre son chef-d’œuvre.

Lemot accepta, mais modifia la tête du modèle, prétextant que c’était "la partie faible" de l’œuvre……Effectivement !…….Ida de Saint-Elme déclara d’ailleurs avec une naïveté qui n’excluait pas l’immodestie : « J’ai mieux que cela !…… » On s’en était douté !…….

Et la statue terminée fut exposée au Louvre. Joséphine de Beauharnais, femme Bonaparte, la trouva parfaite pour décorer la galerie de Malmaison qu’elle venait d’acheter. A moins que ce ne soit pour faire un pied de nez à Moreau…..

Ce qui est vrai, c’est qu’en 1801, le général Bonaparte acheta une Bacchante en marbre de François-Frédéric Lemot. La pauvre Ida était donc devenue une Bacchante !…….Grandeur….et décadence !

Beaucoup plus tard, dans ses "Mémoires d’une Contemporaine", Ida de Saint-Elme évoqua à peine ses relations avec le général Moreau. Peut-être était-ce parce qu’il n’avait pas su voir la braise qui couvait sous le marbre ?……

Par contre, elle parla abondamment de ses amours avec le maréchal Ney dont elle fut la maîtresse. Et bien évidemment, pas un mot sur Lemot……et les avatars de la statue commandée par le vainqueur de Hohenlinden……

Le général Moreau aura les deux jambes emportées par un boulet français devant Dresde alors qu’il combattait sa patrie sous uniforme russe. Sur la dernière lettre qu’il enverra à sa femme avant de mourir, il écrira : « Ce coquin de Bonaparte est toujours heureux ! » Toujours Bonaparte…….

Allez, à plus...

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Published by Gerard Nedellec
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