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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 09:46

Il y a quelques siècles, les habitants de Brou étaient surnommés les veaux de Brou... Ce sobriquet ne vient pas du marché hebdomadaire fort réputé depuis le XIIè siècle, dans lequel il était fait un grand commerce de veaux. Pourquoi donc ce surnom étonnant ? Qu'avaient fait les habitants du lieu pour mériter une telle appellation... contrôlée ? Le général de Gaulle a dit un jour que les Français étaient des veaux... Je sais qu'il faut replacer cette boutade dans son contexte... car enfin, sommes-nous vraiment des veaux ? Bref ! Mais c'était bien longtemps après que cette aventure fût arrivée chez les Broutains (et les Broutaines)... Laissez-moi vous narrer cette histoire, telle que je l'ai lue dans un vieux grimoire poussiéreux sur la couverture duquel on pouvait encore lire, mais difficilement : « Le folklore de la Beauce et du Perche ».

Il y a bien longtemps de cela, trois jeunes gens arrivèrent à Brou. Leur arrivée ne passa pas inaperçue car à cette époque, tout le monde se connaissait. La venue de trois étrangers était donc immédiatement remarquée, d'autant plus qu'ils ne firent rien pour ne pas se faire remarquer, bien au contraire... C'étaient des vagabonds qui avaient la bourse aussi plate que le pays environnant... Mais ils avaient l'esprit inventif, comme on va s'en rendre compte. Et essayez d'en faire autant !

Ils se répandirent par toute a ville, claironnant à tous les carrefours qu'ils étaient comédiens de Sa Majesté le roi de France (et de Navarre), qu'ils arrivaient tout droit de Paris, spécialement à Brou, et qu'ils allaient donner aux Broutains (et aux Broutaines) la primeur d'un spectacle qu'ils avaient écrit spécialement à leur intention... une pièce inédite, une sorte de mystère, genre très prisé à l'époque, dont le titre était « La fuite des enfants sans argent ».

Le titre aurait dû mettre la puce à l'oreille aux plus dégourdis. Mais la perspective d'un spectacle réjouissant, à une époque où ils étaient plutôt rares, fit taire les soupçons, si tant est qu'il y en eût...

Un amateur éclairé leur avait prêté une grange qui faisait office de salle de spectacle. Les Broutains (et les Broutaines) accoururent en foule avec la ferme intention de bien s'esbaudir... L'un des artistes... se tenait à l'unique entrée de la grange et percevait la contribution des spectateurs, tandis que les deux autres, juchés sur des tabourets, faisaient grincer leur violon pour faire patienter l'assistance en attendant le début de la séance. Lorsque la grange fut entièrement remplie, que tous avaient pu prendre place, les trois comédiens sortirent, sans oublier la recette, fermèrent la porte à double tour et s'en allèrent le plus simplement du monde mais aussi le plus rapidement possible, en mettant la clé dans leur poche. Leur départ fut plus discret que leur arrivée.

Au bout d'une petite heure, ils avaient parcouru un peu plus d'un lieue. Ils croisèrent alors un quidam qui se rendait à la ville. Ils lui dirent :

-Mon ami, nous venons de nous rendre compte que nous avons quitté la ville en emportant par mégarde la clé d'une grange dans laquelle sont enfermés une grande quantité de veaux. Voudriez-vous la donner à qui de droit ?

-Certes, certes, je le ferai !

Ce qui fut dit fut fait, et les trois filous poursuivirent leur route, tandis que le bonhomme continuait la sienne vers Brou. Une heure plus tard, il arriva devant la grange qu'il reconnut sans peine car il y régnait un tumulte indescriptible. On n'entendait que cris, gémissements, trépignements, plaintes, menaces. Ce vacarme ressemblait effectivement aux beuglements d'un troupeau de veaux...

Notre homme, étonné de ce tapage et voulant en avoir le cœur net, ouvrit la porte de la grange. Une foule d'hommes, de femmes et d'enfants, fort en colère, hurlant, se précipita par l'ouverture comme un torrent impétueux. Bousculé par ce flot, il faillit être renversé et piétiné. Le croyant responsable de leur mésaventure, les spectateurs déçus et furieux rouèrent de coups ce brave homme qui avait simplement voulu rendre service et qui était pris pour un complice des trois larrons...

Depuis ce jour, les habitants du pays furent surnommés les veaux de Brou...

Désormais, dès que quelqu'un était trompé par une autre personne, on disait de lui : « Pauvre gars, tu ressembles aux veaux de Brou »... ce qui n'était pas un compliment, on s'en doute..

Cela vous a-t-il plu ?... Allez, à plus...

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Published by Gerard Nedellec
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