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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 09:49

Voici maintenant un conte de Noël que j'ai écrit. Il est extrait de mon livre "Anjou, les histoires extraordinaires de mon grand-père". A quelques jours de la fête de Noël, et dans les jours que nous vivons, il n'est pas mauvais de rappeler que Noël, c'est l'espérance qui vient sur la Terre... Ne l'oublions pas... N'oubliez pas non plus qu'un bienfait n'est jamais perdu...

On peut dire qu'il était riche, le père Merleret ! Les champs, les prés, les bois, les fermes, qu'il possédait dans son village du Beaugeois, ne se comptaient plus sur les doigts des deux mains... Il avait même des propriétés en dehors de la paroisse... Crésus à côté de lui faisait figure de pauvre...

Tous les ans, à la saint Michel, les fermiers venaient un à un lui apporter le produit de leur fermage, dans de petits sacs de cuir remplis d'écus qu'ils déversaient sur la grande table. Le père Merleret comptait et recomptait les louis d'or, les empilait devant lui pour mieux les admirer, trouvant que c'était la plus belle chose au monde.

Puis il les serrait dans des sacs ou les entassait dans de grands pots en terre qu'il rangeait soigneusement dans un endroit connu de lui seul. Avec tout cet or, il aurait pu loger dans une somptueuse demeure, un château même, entouré d'un parc dans lequel auraient poussé toutes les plantes qui existent sous le soleil.

Mais non ! Il vivait chichement dans une vieille et méchante masure, la plus laide et la plus sale de tout le village, la plus délabrée aussi. La porte et les volets disjoints grinçaient sur leurs gonds et claquaient au moindre vent, le toit s'était effondré dans un bout, si bien que les jours de grande bourrasque, la maison entière craquait tel un navire pris dans la tempête, et les voisins se demandaient avec une certaine jubilation si la cabane du père Merleret n'allait pas s'envoler pour de bon...

Car notre homme était avare, de la plus vilaine espèce qui existe. Peu lui importait que sa maison prenne l'eau, pourvu que les écus s'entassent dans ses jarres ! Il était hors de question pour lui d'en dépenser ne serait-ce qu'un, fût-ce pour l'amélioration de sa maison... Son plaisir consistait à les contempler tous, et je suis sûr qu'il aurait remarqué l'absence d'un seul louis au seul bruit qu'ils faisaient... Un méchant avare en vérité... Il possédait quelques bêtes faméliques, car elles n'étaient pas mieux loties que leur maître.

Une pauvre fille misérable l'aidait dans les travaux de la maison et aussi de la ferme. Petite et contrefaite, boiteuse de surcroit, elle travaillait néanmoins comme quatre, sans jamais exiger d'être payée convenablement ; il valait mieux car on peut deviner la réaction du vieux grigou... Mais comme elle était orpheline, personne ne risquait de venir se plaindre à son sujet, et le vieux en profitait.

Avait-il un peu d'affection pour elle ? De la reconnaissance ? Même pas, il réservait cela pour son or... Seul le curé de la paroisse avait la permission de venir lui rendre visite, et encore pas souvent. Chaque fois qu'il venait, le bon prêtre lui répétait :

-Père Merleret, vous allez vous damner, c'est moi qui vous le dis ! Que vous servira votre or quand vous vous trouverez devant notre Souverain Juge ? Croyez-moi, si vous voulez vous faire une toute petite place au ciel, ou du moins passer par le purgatoire plutôt que d'aller directement en enfer, vous devez utiliser vos richesses pour faire un peu de bien autour de vous... Un peu de bonté, de charité, vous aiderait sans doute à obtenir votre salut éternel !

Mais le vieil avare n'entendait point ce langage. Donner de son bel or ? Quelle drôle d'idée ! Il le garderait tout pour lui !

Le bon Dieu, qui sait tout et voit tout, connaissait bien le père Merleret évidemment, mais avant de le punir, il voulait lui donner une chance... Il convoqua donc Satan et lui dit :

-Si tu le fais pécher cinq fois, je te donne son âme !

Diable ! Voilà qui est étonnant de la part de quelqu'un qui est miséricorde... Mais le bon Dieu était vraiment très fâché contre le bonhomme... D'autre part, il lui laissait la possibilité de choisir : pécher... ou ne pas pécher... Dieu nous laisse toujours le choix... L'avez-vous remarqué ?... Mais revenons à nos moutons... je veux dire... à notre histoire.

Vous pensez que le diable ne se le fit pas dire deux fois. Il se présenta dans le village du vieux, en ayant bien pris soin de cacher ses pieds de bouc sous une grande houppelande et ses cornes sous un immense chapeau noir. Il laissa sa fourche, dans une meule de foin à l'entrée du village et se présenta à la cure. Il entra par le trou de la serrure... et constata que le bon curé faisait sa sieste journalière. Il enfila une vieille soutane du prêtre et transforma son visage pour lui ressembler. Sa transformation était si parfaite que la vieille servante du curé, croyant le voir, dit :

-Déjà réveillé ? Monsieur le Curé ? Vous n'avez pas dormi longtemps aujourd'hui...

Mais le diable déguisé en curé était déjà chez le père Merleret, qui fut surpris de le voir une nouvelle fois car sa dernière visite datait d'une semaine. Mais comme il ne voulait pas froisser le prêtre, il l'accueillit bien. Satan, qui voulait jouer son rôle parfaitement, prit un air dévot pour dire :

-Dans deux jours, c'est la fête de Noël, jour de la charité... Il va falloir couper les cordons de votre bourse pour faire un peu de bien comme je vous l'ai dit. Comment cela il y a un gros nœud... (le diable faisait les questions et les réponses...) Mais prenez un gros couteau, et coupez-le ! Et rappelez-vous de ce qu'a dit... Notre Seigneur...(Ah ! Que ces mots étaient difficiles à prononcer... ) : qui donne aux pauvres, prête à Dieu ! (ce dernier mot provoqua chez lui une grimace atroce...).

Mais le vieux ne la vit pas. Il n'avait retenu que le mot pauvre... Il répondit :

-Mais, Monsieur le Curé... J'en suis un... Je suis pauvre, moi...

Le curé enfin... le diable, sortit dignement... en se frottant les mains. Et d'un ! Il était certain d'avoir bientôt une âme de plus...

Toute la nuit, la neige tomba dru. Le matin, il neigeait encore et on se demandait quand cette neige allait s'arrêter. La neige est souvent attendue pour Noël. Mais là, il y en avait trop. Le père Merleret pestait car il allait être obligé de rester enfermé. De plus, sa petite servante s'était cassé la jambe en glissant sur le verglas deux jours avant. Il allait devoir s'occuper un peu dans la maison... du moins, faire un minimum s'il voulait manger... et cela ne lui plaisait pas du tout. Il était dans une humeur noire quand deux coups brefs furent frappés à la porte.

C'était l'un de ses fermiers qui avait parcouru près de trois lieues toute la nuit pour venir demander une petite aide à son propriétaire. Sa femme était couchée depuis deux mois, le prix du blé avait baissé, il n'arrivait pas à vendre sa récolte. L'air misérable, tenant maladroitement sa casquette entre ses doigts, regardant par terre, il implorait un petit secours, juste quelque sous, qu'il rembourserait évidemment lorsque les affaires iraient mieux... Le père Merleret explosa :

-Me demander de l'argent ? A moi ? Quelle audace ! Mais je n'ai pas d'argent ! Je n'ai rien à te donner ! Sors d'ici, misérable !

Et sur ces mauvaises paroles il le poussa dehors et claqua violemment la porte. Le diable, qui s'était dissimulé dans un trou de la cheminée, bien au chaud dans la suie et la fumée, ne cachait pas sa joie. Un de plus ! Se dit-il.

Un peu plus tard, il entendit frapper à nouveau. C'était un autre fermier qui venait demander une diminution du prix du fermage car ses affaires n'avaient pas été bonnes à cause du temps.

-Mais ils se sont tous donné le mot ! tonna le père Merleret. Non, rien de rien, je ne baisserai rien ! Dehors !

Le diable jubilait. Et de trois ! Encore deux et il sera à moi !

Vers midi, on frappa encore. C'était une veuve qui venait demander un peu de bois pour réchauffer son petit qui était malade, et un peu de pain pour elle.

-Je n'en ai pas ! rugit le vieux grigou en tapant rageusement du pied.

Et de quatre se dit le diable. Encore un...

Mais le bon Dieu, qui voit tout et entend tout, se rendait compte que le père Merleret se dirigeait tout droit vers les flammes éternelles... Oui mes enfants, il se damnait... Une âme de plus ou de moins, qu'est-ce que cela faisait ?... Mais sa bonté naturelle et sa grande miséricorde ne l'entendaient pas ainsi. Pour lui, dans son troupeau d'âmes, une brebis perdue qu'il fallait aller chercher avait plus de valeur que 99 brebis serrées bien au chaud dans la bergerie. Il décida de donner une dernière chance au mécréant. Il en avait certes eu quatre... Mais il voulait cette fois une vraie chance...

En fin d'après-midi, en ce 24 décembre, alors que le vieux grignotait un croûton de pain rassis avec un morceau de fromage, un vrai réveillon de Noël pour un avare comme lui, il entendit encore deux coups timides à la porte : toc toc...

Il alla ouvrir et se trouva devant une jeune femme tenant quelque chose dans les bras, accompagnée de son mari.

-Par pitié, Monsieur, fit-elle, nous ne connaissons personne chez qui nous mettre à l'abri de la neige et du froid... Mon enfant que voici est fragile et fatigué, nous le sommes aussi. Un coin de votre grange nous suffirait pour la nuit...

Il allait la renvoyer comme les autres, et répondre quelque grossièreté, quand elle découvrit un pan du grand manteau et découvrit ce qu'elle portait. Il vit alors le visage lumineux d'un l'enfant qui lui souriait en tendant ses petits bras. Que se passa-t-il dans la tête du vieux mécréant ? Une grosse larme coula sur sa joue, qu'il essuya d'un revers de manche pour ne pas qu'on la voie. Puis il dit d'une voix bourrue :

-... Dans la grange... oui... si vous voulez... Y a de la paille... vous s' rez au chaud au moins pour la nuit...

-Merci mon bon Monsieur... répondit la jeune mère...

Le père Merleret rentra, tout remué. C'était bien la première fois qu'on l'appelait « mon bon monsieur »... Il se rendit compte aussi que c'était la première fois qu'il faisait une bonne action... La première fois...

Il se rassit à la table et reprit le frugal repas qu'il avait commencé. Puis il se coucha et s'endormit très vite.

Soudain, au moment où minuit sonnait, il lui sembla entendre des chants et de la musique, comme si l'église s'était transportée près de sa maison. Intrigué, il se leva et ouvrit la porte : sa grange était violemment illuminée de l'intérieur. De plus, les chants venaient de là. Il s'approcha, posa sa main sur la clenche et tira le battant à lui. Ce qu'il vit le stupéfia : devant lui, tous les bergers des environs et d'autres encore, appuyés sur leur grand bâton, chantaient des cantiques. Devant eux, il reconnut la femme qui avait frappé à sa porte avec son nouveau-né et à qui il avait permis de se réfugier dans la grange. Un peu en arrière, l'âne remuait ses grandes oreilles et le bœuf ruminait paisiblement. Et au milieu, sur la paille, l'enfant qui lui avait souri et qui lui souriait encore était couché et lui tendait les bras.

-L'enfant Jésus ! s'écria le vieux bonhomme... C'était Lui...

Alors une voix s'éleva et dit :

-Oui, c'était Lui, et tu ne L'as pas refoulé comme les autres... Ce geste de bonté et la larme que tu versas rachètent toutes tes mauvaises actions...

Dès le lendemain, le père Merleret alla se confesser et depuis ce jour, il fait le bien autour de lui chaque fois qu'il le peut. On ne fait plus appel à lui en vain.

Le diable dut rentrer bredouille, une fois encore...

Allez, à plus... Et paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté... et pensez qu'une bonne action peut effacer beaucoup de mauvaises...

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Published by Gerard Nedellec
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