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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:50

Vous aimez les histoires de fantômes ? Oui bien entendu, comme tout le monde, en vous disant qu'ils n'existent pas, jusqu'à ce que vous en rencontriez un réellement...

Eh bien, on raconte qu'à certains moments de l'année, on voit errer dans les rues de Pouancé, principalement autour du vieux château, un fantôme qui prend diverses formes, et auquel on a donné le nom de la Jacquette...

Les Anciens prétendent qu'il s'agirait d'une servante qui aurait ouvert les portes du châteaux aux ennemis, trahissant ainsi ses seigneurs. C'est sa punition de revenir ainsi sur terre pour hanter les vieux murs qu'elle a connus...

Mais il existe une autre histoire, plus dramatique encore et que je vais vous narrer. Approchez-vous bien près...

Il y a de cela très longtemps, c'était au XIVè ou au XVè siècle... peu importe... Le château était alors une puissante forteresse qui avait dû subir de nombreuses attaques mais avait résisté vaillamment.

Un jour, la fille du grand échanson se maria. Cela se passait quelque temps après un siège long et pénible, et le seigneur pensa qu'une fête serait le meilleur moyen d'oublier les épreuves traversées et divertirait le menu peuple qui avait beaucoup souffert des rigueurs du siège. Il décida donc que de grandes festivités accompagneraient le mariage de la fille de son serviteur le plus fidèle. En effet, l'échanson était l'officier chargé de servir à boire au prince, et pour éviter tout risque d'empoisonnement de son seigneur, il devait goûter les vins avant de les lui servir. C'est parfois agréable, mais si le vin est empoisonné... c'est une autre paire de manche ... si je puis dire !

Pour tous les gens des alentours, ce fut un jour de liesse car la jeune fille était connue de tous pour sa grande gentillesse, de même que son père était apprécié pour sa droiture et sa fidélité. Une famille entièrement dévouée au seigneur. Le marié était le fils de l'argentier du prince, un serviteur probe et loyal également.

Après les cérémonies proprement dites du mariage, un grand repas fut servi dans la grande salle des fêtes. L'ambiance fut joyeuse, les mets somptueux et les vins excellents. Il faut dire que l'Anjou n'en manque pas, et du bon !...

Vers la fin de l'après-midi, tandis que les adultes discouraient, les jeunes gens et jeunes filles décidèrent de jouer à cligne-musette... mais vous comprendrez mieux si je vous dis... à cache-cache. Les mariés tinrent à se joindre à eux et comme ils avaient la permission d'aller partout, ce sont des jeunes rieurs et insouciants qui se répandirent dans toutes les salles du château.

Comme Adeline, la jeune mariée, connaît parfaitement les coins et recoins du château pour y avoir joué toute gamine, elle se dirige vers un endroit moins connu où elle trouvera une cachette sûre. C'est certain, on ne la retrouvera pas ! Ah !

On ne la retrouva effectivement pas, ni le jour, ni le lendemain, ni les jours suivants. On eut beau chercher partout, appeler, crier, fouiller, on ne trouva aucune trace d'Adeline...

Les habitants du village furent mis à contribution, et on explora avec des torches et des lanternes tous les recoins du pays, sans succès. Elle avait disparu ! Définitivement...

Le marié, fou de douleur, décida de partir à la guerre pour oublier. L'affaire fit grand bruit dans la contrée, on en parla longtemps...

Les années passent, le château a perdu depuis longtemps son rôle de résidence seigneuriale. Il se dégrade de plus en plus, n'étant plus entretenu.

Nous voici au tout début de la Révolution de 1789. Un jour, quelques jeunes paysans viennent explorer les ruines, espérant sans doute trouver quelque chose d'intéressant. Ils se dispersent dans ce qui fut le « second château de l'Anjou » (après celui d'Angers...) et l'un d'eux s'engage dans ce qui fut un couloir et qui était maintenant à l'air libre. Il doit enjamber des moellons tombés et ce travail d'escalade l'essouffle un peu. Pour se reposer, il s'appuie contre un mur, quand soudain la muraille se dérobe sous son poids. Il se retrouve dans un réduit obscur sans aucune fenêtre. Surpris, il met quelques minutes à réaliser ce qui lui arrive, tandis que ses yeux s'habituent peu à peu à l'obscurité. Il se rend alors compte qu'il se trouve dans une grande pièce obscure, éclairée faiblement par un étroit soupirail au niveau du sol. Il aperçoit alors, lui tournant le dos, une femme assise dans un grand fauteuil devant une table.

Il respire mieux. Ainsi, il n'est pas seul ! Il avait craint un moment être tombé dans quelque oubliette... Il s'avance et distingue mieux la femme ; Elle est habillée d'une robe blanche comme on en portait il y a très longtemps, et ne bouge pas, comme si elle était plongée dans un profond sommeil. Il toussote un peu pour attirer son attention, persuadé qu'elle va tourner la tête et le voir. Mais elle ne réagit toujours pas.

Bizarre... se dit-il... Il s'avance encore un peu et se retrouve devant la femme. Il pousse un cri et sursaute : la femme qu'il a devant lui est morte depuis fort longtemps, comme en témoigne sa figure décharnée, ses yeux caves, ses mains squelettiques... Sur la table devant elle, une vieille bible est ouverte. Des mots à moitié effacés sont écrits dans la marge, une écriture pâlie et à peine lisible... En se penchant, il peut lire néanmoins :« Malheur à moi, pauvre mariée ! Une triste fatalité... (là c'est brouillé...).. dans cet abîme... Je n'en sortirai pas vivante... Mon Dieu... (brouillé encore...)... ta grâce pour ta servante... Adeline »

Le jeune homme sentit des frissons le parcourir tandis qu'une sueur glacée lui coulait dans le dos. Il se souvenait de cette histoire qu'on lui avait racontée, d'une mariée qui avait disparu le jour de ses noces. Mais il n'y avait pas trop prêté attention. Il avait sous les yeux la preuve manifeste que l'histoire était vraie... hélas ! Allait-il lui aussi être condamné à périr d'inanition dans cette cave, seul, ignoré de tous, comme la pauvre jeune mariée d'autrefois ?

En reculant, il frôla la robe qui tomba en poussière... Effrayé, il cria, appela. Mais personne ne pouvait l'entendre, comme personne n'avait entendu la jeune mariée... Il eut un moment de découragement. A quoi bon lutter ? Autant se laisser mourir, comme l'avait fait certainement Adeline... Des heures passèrent. Dehors, ses camarades devaient le chercher. Mais comment pourraient-ils le retrouver ? Face à la jeune mariée morte, il eut tout le loisir de deviner ce qui s'était passé.

Se retrouvant dans cet endroit sombre, elle ne s'était sans doute pas rendu compte immédiatement qu'il allait devenir son tombeau. Peut-être avait-elle crié, appelé, cherché un moyen de sortir. Puis peu à peu, le découragement était venu. Elle s'était assise pour écrire les quelques mots qu'il avait lus, ses derniers mots, son testament... La mort était arrivée imperceptiblement, sans qu'elle s'en rendît bien compte... L'air confiné de cette cave l'avait préservée, elle s'était desséchée sur place, et redeviendrait poussière au moindre mouvement.

Soudain, il distingua dans la pénombre deux yeux qui brillaient et le regardaient. Un chat !... Si un chat avait pu entrer, peut-être tout n'était-il pas perdu ! S'approchant doucement de lui, il réussit à le saisir. L'animal n'était pas farouche, heureusement ! Il noua à son cou son mouchoir, qui était assez grand comme tous les mouchoirs de l'époque... Un mouchoir rouge de Cholet... Puis il libéra le chat qui, retrouvant la liberté, disparut.

Dehors, la nuit était tombée, puis le jour revint et les camarades de notre jeune, qui avaient abandonné leurs recherches à cause de la nuit, étaient revenus chercher leur ami. Ils aperçurent le chat qui sortait d'un trou du mur, le mouchoir rouge autour du cou. En s'approchant, ils virent un soupirail caché par les broussailles. Ils alertèrent les paysans des environs qui démolirent les pierres autour de ce soupirail, et trouvèrent l'oubliette tragique dans laquelle une jeune mariée, devant qui la vie s'ouvrait, avait perdu la vie...

(Extrait de mon livre "Anjou, les histoires extraordinaires de mon grand-père" éditions CPE)

Allez, à plus... et ne faites pas de cauchemars...

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Published by Gerard Nedellec
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